—A ces heures du soir où les mondes se plaignent,
O mortels, quel amour pourrait vous rassurer?
C'est pour mieux sangloter que les êtres s'étreignent;
Les baisers sont des pleurs, mais plus désespérés.

La race des vivants, qui ne veut pas finir,
Vous a transmis un coeur que l'espace tourmente,
Vous poursuivez en vain l'incessant avenir…
C'est pourquoi, ô forçats d'une éternelle attente,
Jamais la volupté n'achève le désir!

LES SOIRS DE CATANE

Catane languissait, éclatante et maussade;
Le laurier-rose en fleurs du jardin Bellini
Portait un poids semblable à de pourpres grenades;
C'était l'heure où le jour a lentement fini
De harceler l'azur qu'il flagelle et poignarde.
Les voitures tournaient en molle promenade
Sous le moite branchage aux parfums infinis…

On voyait dans la ville étroite et sulfureuse
Les étudiants quitter les Universités;
Leur figure foncée, active et curieuse,
Rayonnait de hardie et fraîche liberté
Sous le fléau splendide et morne de l'été…

Bousculant les marchands de fruits et de tomates,
Encombrant les trottoirs comme un torrent hâtif,
Les chèvres au poil brun, uni comme l'agate,
Dans ce soir oppressant et significatif,
Fixaient sur moi leurs yeux directs, où se dilate
Un exultant entrain satanique et lascif.

Comme un tiède ouragan presse et distend les roses,
Le soir faisait s'ouvrir les maisons, les rideaux;
Des balcons de fer noir emprisonnaient les poses
Des nostalgiques corps, penchés hors du repos,
Comme on voit s'incliner des rameuses sur l'eau…

Des visages, des mains pendaient par les fenêtres,
Tant les femmes, ployant sous le poids du désir,
S'avançaient pour chercher, attirer, reconnaître,
Parmi les bruns garçons qui flânaient à loisir,
Le porteur éternel du rêve et du plaisir…

Tout glissait vers l'amour comme l'eau sur la pente.
Le ciel, languide et long, tel un soupir d'azur,
Etalait sa douceur langoureuse et constante
Où gisaient, comme l'or dans un fleuve ample et pur,
Les jasmins safranés mêlés aux citrons mûrs.

L'espace suffoquait d'une imprécise attente…