Un pâtre, sur un lourd mulet,
Monte la côte tortueuse;
Sa chanson lascive accolait
La noble nuit silencieuse;
Dans les lis, lourds de pollen brun,
Le bêlement mélancolique
D'une chèvre, ivre de parfums,
Semble une flûte bucolique.
—Donc, je vous vois, cité des dieux,
Lampe d'argile consumée,
Agrigente au nom spacieux,
Vous que Pindare a tant aimée!
Porteuse d'un songe éternel,
O compagne de Pythagore!
C'est vous cette ruche sans miel,
Cette éparse et gisante amphore!
C'est vous ces enclos d'amandiers,
Ce sol dur que les boeufs gravissent,
Ce désert de sèches mélisses,
Où mon âme vient mendier.
Ah! quelle indigente agonie!
Et l'on comprendrait mon émoi,
Si l'on savait ce qu'est pour moi
Un peu de l'Hellade infinie;
Car, sur ce rivage humble et long,
Dans ce calme et morne désastre,
Le vent des flûtes d'Apollon
Passe entre mon coeur et les astres!
L'AUBERGE D'AGRIGENTE
Rien ne vient à souhait aux mortels…
PAUL LE SILENTIAIRE.
Dans un de ces beaux soirs où le puissant silence
Répond soudain, dans l'ombre, à l'esprit, interdit
D'écouter cet élan venant des Paradis
Contenter le désir qu'on a depuis l'enfance;