Que tout me soit amour, douceur, humanité:
La vigne, le village et les feux de septembre,
Les maisons rapprochées de si bonne amitié,
L'universel labeur dans le secret des chambres;

Et que je ne sois plus,—au-dessus des abîmes
Où mon farouche esprit se tenait asservi,—
Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,
Qui ne peut redescendre, et qu'on n'a pas suivi!

UN SOIR EN FLANDRE

Ah! si d'ardeur ton coeur expire,
Si tu meurs d'un rêve hautain,
Descends dans le calme jardin,
Ne dis rien, regarde, respire;

Le parfum des pois de senteur
Ouvre ses ailes et se pâme;
Le ciel d'azur, le ciel de flamme,
Est sombre à force de chaleur!

Demeure là, les mains croisées,
Les yeux perdus à l'horizon,
A voir luire sur les maisons
Les toits aux pentes ardoisées.

Des coqs, chantant dans le lointain,
Soupirent comme des colombes,
Sous la chaleur qui les surplombe.
Le soir semble un brumeux matin.

Douceur du soir! le hameau fume,
La rue est vive comme un quai
Où le poisson est débarqué;
Un pigeon flotte, blanche écume.

Vois, il n'y a pas que l'amour
Sur la profonde et douce terre;
Sache aimer cet autre mystère:
L'effort, le travail, le labour;

Des corps, que la vie exténue,
S'en viennent sur les pavés bleus;
Les bras, les visages caleux
Sont emplis de joie ingénue.