Un homme tient un arrosoir;
Ce plumage d'eau se balance
Sur les choux qui, dans le silence,
Goûtent aussi la paix du soir.
Il se forme au ciel un nuage;
Regarde les bonds, les sursauts,
De quatre tout petits oiseaux,
Qui volent sur le ciel d'orage!
Un oeillet tremble, secoué
D'un coup vif de petite trique,
Quand le lourd frelon électrique
A sa tige reste cloué.
Par la vapeur d'eau des rivières
Les prés verts semblent enlacés;
Le soir vient, les bruits ont cessé;
—Etranger, mon ami, mon frère,
Il n'est pas que la passion,
Que le désir et que l'ivresse,
La nature aussi te caresse
D'une paisible pression;
Les rêves que ton coeur exhale
Te font gémir et défaillir;
Eteins ces feux et viens cueillir
Le jasmin aux quatre pétales.
Abdique le sublime orgueil
De la langueur où tu t'abîmes,
Et vois, flambeau des vertes cimes,
Bondir le sauvage écureuil!
BONTE DE L'UNIVERS QUE JE CROYAIS ETEINTE…
Bonté de l'univers que je croyais éteinte,
Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,
Je ressens aujourd'hui vos suaves atteintes;
Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,
Le sucre indigo des jacinthes!
Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant,
Dans le bleuâtre éther qu'emplit un chaud vertige,
D'un gosier tout enduit du suc laiteux des tiges
Font jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!