—Et, bien que le beau jour soit loin de la soirée,
Bien qu'encor le soleil étende sur les murs
Sa nappe de safran éclatante et moirée,
Déjà la molle lune, au contour pâle et pur,
Comme un soupir figé rêve au fond de l'azur…
AUTOMNE
Puisque le souvenir du noble été s'endort,
Automne, par quel âpre et lumineux effort,
—Déjà toute fanée, abattue et moisie,—
Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?
Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.
C'est fini, la beauté des vignes et du blé;
Le doux corps des étés en vous se décompose;
Mais vous donnez ce soir une suprême rose.
—Ah! comme l'ample éclat de ce dernier beau jour
Soudain réveille en moi le plus poignant amour!
Comme l'âme est par vous blessée et parfumée,
Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée!…
CHALEUR DES NUITS D'ETE…
O nuit d'été, maladie inconnue, combien tu me fais mal!
Jules LAFORGUE.
Chaleur des nuits d'été, comme une confidence
Dans l'espace épandue, et semblant aspirer
Le grand soupir des coeurs qui songent en silence,
Je vous contemple avec un désespoir sacré!
Les passants, enroulés dans la moiteur paisible
De cette nuit bleuâtre au souffle végétal,
Se meuvent comme au fond d'un parc oriental
L'ombre des rossignols furtifs et susceptibles.
Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruit
Dans la rue amollie où le lourd pavé luit;
C'est l'heure où les Destins plus aisément s'acceptent:
Tout effort est dans l'ombre oisive relégué.
Les parfums engourdis et compacts, interceptent
La circulation des zéphyrs fatigués.
Il semble que mon coeur soit plus soumis, plus sage;
Je regarde la terre où s'entassent les âges
Et la voûte du ciel, pur, métallique et doux.
Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,
Apaisé mon délire et son brûlant courage,
Et qu'enfin mon espoir se soit guéri de tout?