Louis XIV porta l’exemption de la taille à cent arpens de location, indépendamment de leurs propres ; & les Maîtres de Poste ont joui sans interruption de ces priviléges, ou, pour parler plus correctement, de cette indemnité, de ce secours qui balance à peine les charges & les pertes attachées à l’état de Maître de Postes.
Ceux-ci ne dissimuleront pas qu’on a quelquefois tenté d’altérer ou de restraindre ce secours ; mais que la justice la plus sévère a été forcée de la rétablir aussitôt.
Sous la minorité de Louis XIV la Régence, par une Déclaration du 20 Octobre 1648, restraignit l’exemption de la taille accordée aux Maîtres de Postes à cinquante arpens de terres affermées ; cette Déclaration avait porté la plus funeste atteinte au service des Postes, aussi par une autre du mois de Janvier 1669, Louis XIV rétablit les Priviléges des Maîtres de Postes de jouir en exemption de taille de soixante arpens de terres affermées ; M. de Louvois leur accorda sa protection & sa surveillance spéciales, le service des Postes se rétablit, il y fit regner l’ordre, & cet Établissement atteint toute la perfection dont il était susceptible par la Déclaration de 1672, qui attribua aux Maîtres de Postes la faculté de jouir en exemption de taille de cent arpens de terres affermées, & qui leur accorda d’autres exemptions, priviléges, franchises, immunités & prérogatives.
Ces priviléges éprouvèrent une nouvelle atteinte par la Déclaration du 8 Janvier 1692, les inconvéniens s’en firent si promptement sentir, que par une nouvelle Déclaration du 12 Avril de la même année, ils furent tous rétablis & il fut de plus permis aux Maîtres de Postes de se démettre de leur place en faveur de leurs enfans, gendres ou autres parens en état de faire le service.
Il résulte de cette courte analyse, que sans priviléges, sans indemnité, sans secours quelconques, on ne peut espérer faire desservir utilement la Poste aux Chevaux ; le seul moyen d’inviter le Cultivateur à se charger, à courir les risques de ce pénible service, c’est de le rendre indemne d’une partie des sacrifices trop réels qu’il fait journellement, & il y a d’autant moins d’inconvénient que la spéculation des Cultivateurs se borne à faire du bien, aux dépens de toutes ses avances, pourvu qu’il y trouve sa subsistance & celle de sa famille.
Les charges des Maîtres de Postes sont immenses.
1o. Ils sont obligés d’avoir en tous tems pour le service public, & sans égard aux mortes saisons, un nombre fixe & suffisant de bons chevaux.
2o. Ils sont assujettis à la conduite journalière des malles qui écrasent leurs chevaux par leurs poids, & dont le prix est plus médiocre, puisqu’ils ne sont payés qu’à raison de dix sols par cheval.
3o. Ils doivent fournir aux Courriers du Cabinet & à ceux des Ministres les chevaux les plus vifs & les meilleurs de leur écurie au prix modique de 15 sols par course, ce qui est d’autant plus étonnant & d’autant plus injuste, qu’il est alloué à chacun de ces Couriers 7 liv. 10 sols par Poste & quelquefois 10 liv. à des Couriers extraordinaires.
En tems de guerre il en coûte au Roi 300,000 livres par mois pour les Couriers du Cabinet, & conséquemment les Maîtres de Postes éprouvent une perte proportionnelle, & qui ne profite véritablement qu’à ces Couriers.