4o. Dans les tournées pour les voyages du Roi & des Princes, pour les Mariages, pour les tems de Guerre, les Maîtres de Postes sont souvent forcés de faire conduire leurs chevaux à 50 ou 60 lieues de leur domicile, on les paye à raison de 13 sols 4 den. par jour & vingt sols dans les tournées extraordinaires.
5o. Ils sont tenus de la conduite gratuite des Visiteurs & Contrôleurs, tant de la Poste aux chevaux que de la Poste aux lettres.
Si l’on joint à ces charges, déjà si pésantes & continuelles les frais d’acquisition, ou le loyer d’emplacemens immenses pour le logement des chevaux de Postes & des approvisionnemens nécessaires à leur nourriture.
Si l’on y joint les craintes continuelles & malheureusement trop souvent réalisées, du feu, par les lumières que l’on est obligé d’avoir toutes les nuits dans les écuries pour un service toujours actif, & de jour & de nuit.
Si l’on y joint le renouvellement, trop fréquent, des chevaux par le très-petit nombre qui réussit à un métier aussi pénible ; les pertes accidentelles de quinze & vingt chevaux en une année par la morve & le farcin, quelquefois même du double.
On sera forcé de convenir que les Maîtres de Postes seraient obligés d’en abandonner l’entreprise, s’ils étaient bornés au prix modique toujours subsistant de 25 sols par course de cheval, malgré l’accroissement du numéraire & l’augmentation progressive du prix des chevaux & des denrées depuis cette époque.
C’est toujours un homme aisé qui se charge de l’entreprise des Postes, il n’en est point d’assez insensé pour s’exposer aux pertes qu’elle entraîne, pour s’assujettir aux charges qu’elle exige, pour essuyer tous les jours des duretés, des vexations & des mauvais traitement de toute genre de la part des Couriers, s’il y courait les risques de son aisance, & s’il n’y trouvait pas sa subsistance & celle de sa famille.
Les Maîtres de Postes ne se dissimuleront pas qu’ils ont quelquefois excité l’envie de leurs voisins, jaloux ou desireux de jouir des mêmes priviléges ; mais ces sentimens trop communs aux hommes, toujours mécontens de leur sort, est le fruit de l’ignorance & de la présomption, qui les portent à se dissimuler qu’ils soient incapables de supporter les charges sous le poids desquels succomberoient infailliblement les Maîtres de Postes, sans l’ordre qu’ils sont obligés d’observer rigoureusement, sans une surveillance continuelle, en un mot, sans les justes secours qu’ils ont obtenus, & que la justice de Nosseigneurs les portera à leur continuer de la maniere qu’ils jugeront la moins onéreuse au peuple : ce sera toujours là le vœu des Maîtres de Postes, qui ont dans tous les tems donné les preuves les moins équivoques des sentimens de patriotisme dont ils sont animés.
C’est cette même ignorance des charges attachées au service de la Poste aux chevaux qui a fait éclore en cette partie les projets, on peut dire extravagans, des Chamousset, Corby, Lachenaye & autres, qui avoient de l’esprit, sans doute, mais qui manquoient absolument de cette expérience dont les résultats devoient servir de base à un projet d’autant plus insensé, que leurs auteurs ne demandoient rien moins que de se charger de l’entreprise de toutes les Postes du Royaume.
Se charger de l’entreprise de toutes les Postes du Royaume ? Ce projet médité au coin du feu, ne peut être regardé que comme un rêve de ces gens à systême, qui dans l’ancien régime, n’ont cessé d’assaillir le Gouvernement, & qui lui ont fait faire tant de faute.