Ces différentes augmentations n’ont fait à ces époques que proportionner le prix de la course avec celui des denrées.
A l’époque où nous nous trouvons, & depuis 1756 le numéraire est considérablement accru, & les denrées en ont suivies s’ils n’ont surpassé la progression successive, en se rapportant seulement à l’année 1763, époque de la révolution sur le prix des grains, celui des biens-fonds a à peu près doublé, & toutes les denrées ont augmenté dans la même proportion, c’est là une vérité dont la preuve est dans les mains même du Gouvernement, puisqu’elle existe dans les marchés des Entrepreneurs de l’Artillerie & des vivres dont le prix a vraiment doublé.
Il en coûte aujourd’hui à un Maître de Poste près du double, tant pour la nourriture que pour l’achat de ses chevaux, & s’il est obligé d’en avoir un plus grand nombre, ses dépenses & ses risques augmentent à proportion.
Rien n’est moins régulier que le tems & la nature du service ; il se fait en général par bouffées imprévues, ce qui ruine les chevaux ; souvent les deux tiers de l’année il n’y a point d’ouvrage, si les Maîtres de Poste n’avoient pas de labour pour occuper leurs chevaux dans les mortes saisons & les refaire, un Maître de Poste ne pourrait subsister surtout sur les grandes routes.
L’état de Maître de Poste n’est rien moins que lucratif ; ceux qui ont l’ordre, l’intelligence & l’activité nécessaires y vivent, plusieurs s’y ruinent & aucun n’y fait fortune, & si l’on a trouvé jusqu’ici des sujets pour garnir les Postes, on ne le doit qu’à la fiabilité de l’état, à la protection dont ils ont ressenti les effets, & sur-tout à l’appas des priviléges qu’on leur avait accordé dans tous les temps.
Pour résumer ce qu’on vient de dire, les Maîtres de Poste osent espérer que Nosseigneurs ne perdront pas de vue, qu’ils se sont flattés de trouver dans leur sagesse & dans leur justice, la protection qu’ils ont droit d’en attendre pour n’être pas dépouillés de leur état par la réalisation de projets insensés vraiment impratiquables, & qui tendraient à faire revivre des priviléges exclusifs, dont l’anéantissement est la conséquence de tous les décrets de l’Auguste Assemblée.
Les Maîtres de Postes osent espérer que cette proscription si légitime, sera encore fondée sur la justice de ne pas dépouiller des Citoyens agriculteurs, actifs & laborieux de tous moyens de subsister, & de faire subsister leur famille.
Ils espèrent enfin que Nosseigneurs, pénétrés de cette vérité que les priviléges qui leur ont été accordés de tous tems, n’étaient qu’un secours indispensable & juste sous tous les rapports, qu’une indemnité sans laquelle ils n’auraient pu se livrer à desservir les Postes du Royaume ; pénétrés, disons-nous, qu’ils doivent indistinctement justice à tous les Citoyens, & protection spéciale à ceux, qui, comme les suppliants, ont fait preuve en tous tems du plus pur patriotisme, Nosseigneurs daignerons en tems & lieu proportionner l’indemnité si justement acquise à leur situation, & leur accorder dès à présent les légères augmentations auxquelles ils vont conclure.
Les priviléges, grevant tous les sujets du Roi, l’augmentation du prix de la course a cet avantage, qu’elle ne frappe que sur les voyageurs, & qu’elle sera partagée par les Étrangers.
Par ces considérations, Nosseigneurs, il plaise à votre justice accorder aux Maîtres de Postes telle augmentation de prix qu’il vous plaira déterminer par Poste, pour le service de toutes les malles & celui des Couriers du Cabinet ; & tel autre plus fort prix qu’il vous plaira également déterminer par cheval pour le service public généralement.