La Dépêche, de Lille, a publié, à la date du 11 juin 1909, sur la question de l'alimentation par la viande de cheval, un article que nous nous permettons de reproduire ci-dessous, en raison de l'actualité du sujet:
Il y a quelque vingt ans que l'on a commencé à consommer timidement de la viande de cheval, mais il semblait alors que les consommateurs fussent honteux de leur acte; ils n'osaient guère afficher leurs goûts au grand jour, ou tout au moins avouer une consommation de nécessité.
Cependant la viande de cheval a toujours été utilisée par les peuples d'Asie, mais les Européens n'en faisaient d'abord usage qu'avec répugnance et en temps de famine. De 1856 à 1860, deux savants, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Bouley, étudièrent sa composition et sa valeur nutritive. Ils démontrèrent sans peine qu'elle n'est ni insalubre ni répugnante, mais, au contraire, saine, digestive et nourrissante.
Les hygiénistes doublés d'économistes ont alors calculé que le malheureux préjugé, qui persiste toujours, était cause que, chaque année, 500 millions de kilos de viande, parfaitement comestible, était perdue et que c'était là une immense source d'énergie inutilisée.
Cependant, aujourd'hui, en Autriche, en Allemagne, en Italie, la viande de cheval entre pour une très grande part dans l'alimentation de la classe ouvrière.
En France, cette consommation a fait de grands progrès depuis la dernière guerre, car, pendant le siège de Paris, on dut manger 65.000 chevaux, ce qui permit d'apprécier les qualités de cette viande, et ce qui fit disparaître les préjugés chez quelques-uns.
Les qualités de la viande de cheval sont, en effet, très réelles et ne le cède en rien à la viande du boeuf. Tous sont d'accord pour reconnaître que sa digestibilité est parfaite; certains mêmes affirment qu'elle est plus nutritive, plus fortifiante, parce qu'elle est plus riche en éléments minéraux.
Elle a surtout une grande qualité, elle est plus saine que la viande boeuf, elle peut plus facilement être consommée crue, car le cheval est moins sujet que le boeuf aux maladies transmissibles de l'animal à l'homme. Il est rarement tuberculeux, il n'abrite pas les germes du toenia.
Le discrédit dont jouit la viande de cheval, est due à ce que, à côté de ces qualités, elle aurait certains défauts.
La chair est, tantôt dure, ou tantôt, au contraire, molle et gluante; elle aurait une odeur qui rappellerait celle de l'écurie.