Pour lui, certaines personnes se réveillent presque exactement à l'heure qu'elles se sont fixée, en s endormant. D'autres se réveillent, mais avec un écart sensible, plus tôt ou plus tard. D'autres encore échouent, à tout coup. Enfin il y en a qui, à l'état de veille, sentent toujours l'heure qu'il est, au milieu de leurs occupations, au lieu que d'autres laissent passer le temps sans s'en apercevoir.
La note d'E. Yung provoqua deux réponses. L'une, du regretté M. Vaschide, qui a traité la question dans la Rivista di Frenatria (t. 24, 1898, p. 20) et reconnu que l'évaluation du temps et le réveil à volonté sont des faits incontestables. Il a observé, en outre, que, le plus souvent, le réveil se fait en avance, mais que celui-ci dépend beaucoup des habitudes du sujet, de l'heure habituelle du réveil, du nombre d'heures de sommeil, de la saison, etc. D'autre part, l'écart est plus grand, si l'heure fixée pour le réveil est plus tardive que l'heure habituelle, c'est-à-dire si le sujet a décidé de dormir plus que de coutume. Un fait intéressant, noté par Vaschide, est que le «sommeil attentif», comme il l'appelle, le sommeil du sujet qui veut se réveiller tôt, pour prendre un train, ou rédiger un travail pressant, diffère beaucoup du sommeil habituel. C'est un sommeil durant lequel le coeur est accéléré, souvent, un peu avant le réveil.
Durant ce sommeil attentif, les sujets se comportent de façon variable. Les uns se réveillent dans une commotion; les autres, tranquillement, ne sentant plus le besoin de dormir; d'autres encore, se réveillent à moitié, et discutent avec eux-mêmes, pendant un temps, sur la question de savoir s'il convient ou non de se réveiller complètement. M. E. Yung a observé sur lui-même que le réveil se fait un peu à l'avance, de 6 ou 7 minutes.
M. E. Gley, Professeur au Collège de France, répondit à la note d'E. Yung, en citant son propre cas. Mais, chez lui, l'écart était plus grand, d'une demi-heure ou d'une heure à l'avance. M. Gley renvoyait aussi à deux travaux, ayant rapport au sujet, de M. Nichols et de P. Masci (1891 et 1892). Une note plus récente a paru dans le Journal of the Society of psychical Research, due à M. A. Glardon (juin 1901). Sur les conseils de Myers, il avait fait des observations sur la faculté d'évaluation du temps de son moi subliminal, de son inconscient.
Cette faculté sans doute était peu développée; car chaque fois qu'il voulait se réveiller plus vite pour prendre un train, ou partir en excursion, il se réveillait deux ou trois fois à l'avance, à 2 heures, à 3 h., à 4 h. (au lieu de 5) après quoi, comme beaucoup d'autres, il s'endormait jusqu'à 7 et 8 heures.
Mais il trouva le moyen de réussir, grâce à un biais. Au lieu de se dire, en s'endormant à onze heures, qu'il fallait se réveiller à cinq heures, il se disait qu'il fallait se réveiller après six fois soixante minutes, soit trois cent-soixante minutes, ce qui est la même chose. A sa grande surprise, l'expérience réussit fort bien. Il la varia considérablement, s'assignant des heures de réveil très diverses, au bout de soixante-quinze, de trois cents, de cinq cents minutes, etc. En deux mois et demi, il fit quarante expériences, avec le résultat que sept fois le réveil eut lieu à la minute indiquée; vingt-quatre fois un peu en avance; neuf fois avec un peu de retard. Différence moyenne des quarante expériences, seize minutes et demie.
Pourquoi l'organisme tiendrait-il un compte plus exact du nombre des minutes que celui des heures? Serait-il guidé par une corrélation entre la minute et le nombre des respirations, ou des pulsations cardiaques? En tout cas, un quelque chose semble, chez M. A. Glardon, avoir tenu le compte des minutes qui ne réussissait pas à tenir compte des heures. Il eût été intéressant de modifier la seconde expérience, en se disant qu'il fallait se réveiller non pas à six heures ou à cinq heures, mais au bout de sept heures, ou de six, à supposer le coucher fixé à onze heures. Car ce n'est pas la même chose, semble-t-il, de se dire qu'il faut se réveiller à une heure donnée, ou bien au bout de tant d'heures de sommeil.
La conclusion? Il n'y en a guère. Le fait est certain: il y a des sujets capables, à l'occasion du moins, de se réveiller à heure dite. D'autres échouent piteusement. D'autres encore font des efforts, mais infructueux en se réveillant trop tôt, puis en s'endormant et en laissant passer l'heure. Mais l'explication des succès échappe, et il conviendrait de poursuivre l'étude du phénomène, expérimentalement, au moyen d'expériences variées.