Napoléon, qui croyait peu à la médecine, comme tous les gens bien portants, fit aussitôt appeler par courrier spécial son «grand charlatan de Corvisart». Celui-ci, dit Dujardin-Beaumetz, ordonna: infusion de séné, 1,000 grammes; crème de tartre, 30; sucre, 60; émétique, 25 milligrammes. A prendre par verre, de demi-heure en demi-heure, jusqu'à effet purgatif. Le malade absorba le remède et fut guéri, mais l'affaire n'en resta pas là. Plus tard, lorsque l'Aigle eut succombé sur son rocher, rongé, disait-on par un cancer,--immortale jecur--le médecin berlinois se leva, triomphant, et cria comme un beau diable que c'était Corvisart qui avait tué l'empereur, avec sa tisane impériale;--Invidia medicorum pessima, nisi sacerdotum. D'où polémique.
Nous savons aujourd'hui qu'elle était sans objet, puisqu'il semble bien, d'après de récents travaux, que la mort fut occasionnée, non par un cancer, mais par l'ulcère de l'estomac et l'ineptie d'une thérapeutique barbare.
Mais en voilà assez sur le séné, passons à une plante tout à fait démocratique, la bourdaine, ou bourgène, ou rhamnus, sorte de nerprun dont l'écorce, coupée menue et vieille d'une année, sera prise en infusion, le soir, à la dose d'une petite cuiller à café pour une tasse à thé d'eau bouillante. Cette bourdaine, de nouveau très utilisée depuis cinq ou six ans, fut particulièrement bien étudiée par le pharmacien savoyard Pichon, que l'Académie récompensa, et à qui je suis heureux, pour des raisons sentimentales, de rendre hommage en passant. La bourdaine, peu coûteuse, remplace la rhubarbe; celle-ci n'est cependant pas à dédaigner. Tonique et stomachique à la dose de 25 à 50 centigrammes en poudre, elle est laxative à partir de 1 à 2 grammes.
Je devrais parler maintenant de l'aloès, encore un de ces orgueilleux dont le temps a bien rabattu le caquet, si j'ose parler ainsi. Il faisait partie de l'élixir de longue vie, des pilules bénites, de la teinture sacrée, des gouttes d'Iéna et même il a osé, l'intrigant! se recommander de personnages politiques: n'est-il pas à la base des «pilules de Machiavel»! A notre époque, on le prend toujours en pilules: pilules savonneuses, pilules écossaises, pilules ante cibum, et à la dose de 10 à 20 centigrammes. Il a l'inconvénient ou l'avantage de congestionner les organes maternels; on ne le prendra donc pas sans l'arrêt de la Faculté.
Cette recommandation vise encore davantage les purgatifs drastiques, jalap, turbith, scammonée, huile de Croton, mercuriale, végétaux redoutables, si on les aborde à la légère, mais héroïquement efficaces lorsque maniés à bon escient. Combien d'attaques enrayées par l'eau-de-vie allemande composée de turbith, de jalap, de scammonée et d'alcool! Combien d'enflures dissipées, dans les maladies du coeur, par ces braves drastiques, au moyen de la bonne révulsion qu'ils produisent sur l'intestin! Beaucoup d'entre eux appartiennent à la famille des convolvulacées, dont tous les représentants sont plus ou moins actifs. Il n'est pas jusqu'au liseron ou liset,--le masculin de Lisette,--désigné par les botanistes sous le nom de convolvulus arvensis, qui, pour imiter ses parents, n'ait essayé, le polisson, de nous faire aller au son de ses petites clochettes! Mais son action était trop faible et l'on en est resté là.
Docteur F. HELME.
Cours de Solfège et Violon à l'U. F. J.
M. Victor Godart reprendra ses cours de Solfège et de violon pour jeunes gens et jeunes filles, à l'Union Française de la Jeunesse, le dimanche 7 mai 1916, de 9 h. à midi, Ecole Michelet, rue Fabricy.