Le Dr Blanc a publié sur ce sujet dans l'Avenir Médical juin 1907, un article judicieux que nous croyons intéressant de reproduire ici, parce qu'il nous paraît mettre la question bien au point.
«Le Dr Jacquet, dit-il, a guéri par cette simple méthode, deux jeunes filles, à la face huileuse, rouge en tout temps, cramoisie et brûlante après les repas, comme à la moindre émotion, et fréquemment inondée de sueur. Il y ajoute, il est vrai, le massage, mais ce n'est qu'un adjuvant: le point capital est le «manger lent». Pourquoi le vorace, qui avale sans prendre le temps de mâcher, est-il sujet aux maux les plus divers? Nous sommes ici en face de plusieurs théories:
1° La plus ancienne admet que le vorace, du fait qu'il mange vite, mange trop. Il se surcharge et digère imparfaitement, d'où les fermentations intestinales. Ces fermentations amènent l'autointoxication. Si le sujet est assez robuste pour s'assimiler la totalité des aliments, il devient, selon la juste appellation des anciens, pléthorique. Gras, rouge et sanguin, il a, du fait d'une combustion imparfaite, un excès d'urates et des humeurs acides. A la longue, il se produit une congestion hépatique, de l'altération des reins, des dégénérescences graisseuses, etc. Il devient arthritique, rhumatisant, goutteux, diabétique et en même temps névrosé, mélancolique, hypocondriaque. Si on mange lentement, on réduit forcément sa ration et on l'utilise mieux. Les digestions deviennent alors faciles, les microbes intestinaux diminuent; putridité et gaz disparaissent; les matières fécales désodorisées séjournent plus longtemps dans l'intestin (coprostase); elles sont moins abondantes et le gros intestin diminue d'amplitude. On éprouve plus de plaisir à manger; le goût pour une nourriture simple devient très marqué. En même temps, on assiste à une transformation de la santé. De même, le caractère du neurasthénique change, devient gai et optimiste. Car tous ces fâcheux symptômes, et bien d'autres encore qu'il serait trop long d'énumérer, étaient dus à l'autointoxication. Mieux encore, les infirmités désagréables de la vieillesse qui en proviennent, seraient supprimées? Lutter contre la voracité, c'est revenir à la si ancienne théorie de Luigi Cornaro (1467-1566). Ce gentilhomme vénitien, après avoir mené une vie dissolue, entreprit à l'âge de quarante ans, à la suite d'une grave maladie, de suivre un régime sévère à l'instar des moines ascètes. Diminuant peu à peu, chaque jour, sa ration de nourriture, il la réduisit à 340 grammes d'aliments solides et 400 grammes de vin. Grâce à ce régime, sa santé se fortifia beaucoup. A 70 ans, il eut un accident terrible de voiture, avec fracture des membres et du crâne. Les médecins portèrent un pronostic fatal. Pourtant Luigi Cornaro guérit rapidement. Il voulut augmenter une fois sa ration, mais il se rendit malade et reprit son régime frugal. Il guérit de ses colères, reprit le calme de l'esprit et un caractère joyeux. Cornaro écrivit, à 83 ans, un traité sur la méthode à suivre, pour avoir une vie longue et sans infirmités; il publia encore trois ouvrages sur le même sujet, et mourut à l'âge de 97 ans, certains disent même 103 ans.
2º Il y a quelques années, un Américain, Fletcher, incrimina le seul fait de manger vite. Des aliments en morceaux trop volumineux, disait-il ne sont pas attaqués par les sucs digestifs, ne peuvent se digérer et fermentent. Fletcher poussa son principe à l'extrême. Il ne fallait pas seulement mâcher lentement, il fallait mâcher assez longtemps pour transformer les aliments en une bouillie impalpable, bien imprégnée de liquide salivaire. Fletcher gardait même quelque temps dans sa bouche le lait, le bouillon, le vin et tout liquide nutritif. Le bol alimentaire, ainsi finement divisé, s'alcalinisait sous faction de la salive secretée. Fletcher insiste sur l'importance de cette alcalinisation: il arrive à l'obtenir, même avec des fruits acides, comme la fraise et la groseille.
En somme, il n'a fait qu'exagérer et systématiser une recommandation communément faite par les médecins à leurs clients dyspeptiques. Il serait même allé trop loin. La bradyphagie, ou habitude de manger lentement, a déjà fait des victimes en Amérique: l'utilisation trop complète des aliments provoque une atonie intestinale qui peut faire plus de mal qu'une mastication insuffisante. Le Dr Einhorn a signalé des dyspeptiques qui guérirent complètement, quand ils se décidèrent à manger plus vite.
3° Avec le Dr Jacquet, nous trouvons une troisième théorie réflexe: C'est l'excès d'excitation viscérale, en particulier la lésion de la muqueuse digestive, sa surirritation qui, irradiant par l'intermédiaire du système vago-sympathique aux centres, puis au trijumeau et aux premières paires cervicales, actionne les tissus, surmène les fonctions, les dérègle et les force, distend les vaisseaux, échauffe, enlumine le visage et le fleurit de fleurs malsaines; c'est cette surirritation aussi qui, excitant les glandes, rend la peau suante et grasse. Mais les théories ont peu d'importance: seuls les faits restent. Bien des gens deviennent malades du fait de manger trop vite et de manger trop. Il faut qu'ils deviennent sobres et mangent lentement, sans toutefois exagérer, comme l'a fait Fletcher. Le bon sens met en garde contre ces théories absolues: in medio stat veritas.»
La Figue
La patrie du figuier, lit-on, dans «Cosmos», paraît être l'Asie Mineure: de là, il s'est répandu dans toute l'Europe méridionale, puis il a été introduit en Amérique, où il en existe plus de 400 variétés, en Californie, au Texas, en Floride. Le midi et l'ouest de la France en possèdent une trentaine de variétés donnant toutes de très bons produits.
La figue est non seulement, d'une manière générale, un aliment très sain, c'est encore un fruit de choix très apprécié, mais en se desséchant il semble descendre de son rang, et sauf quelques exceptions, les gourmets qui l'ont le plus recherché, en été, le relèguent en hiver parmi les fruits les plus vulgaires, les mendiants, qui ne paraissent que sur les tables médiocres.