Parmi les couronnes, nous avons remarqué celle de la Ville, celle de l'Echo du Nord, celle de la Presse du Nord.
A la sortie de l'église Notre Dame de Consolation, où ont eu lieu les obsèques, M. Parenty a dit une vibrante allocution et M. Emile Ferré, rédacteur en chef de l'Echo du Nord, a prononcé le discours suivant:
Messieurs,
L'heure n'est pas venue de dire les paroles qui doivent classer M. Hippolyte Verly comme publiciste et le situer dans notre littérature régionale. Et je ne puis apporter aujourd'hui devant son cercueil, à défaut d'une voix plus autorisée, que l'adieu douloureux de ses anciens collaborateurs, de ses confrères, de tous ses amis.
M. Verly portait un nom déjà inséparable de l'Histoire de Lille. Petit-neveu de François Verly, l'éminent architecte et graveur qui popularisa, dans un dessin d'après nature, l'attitude héroïque du barbier Maes au siège de 1792, fit de Charles Verly, l'archéologue distingué qui fut parmi les fondateurs de la Commission Historique du Nord, du Comité Flamand de France, de la Société française d'archéologie et qui créa notre Musée des médailles, M. Hippolyte Verly puisa, au sein même de sa famille, cet amour du beau et du bien qui fut, dans ses écrits comme dans sa vie, sa règle immuable.
Ayant au plus haut point tous les dons du conteur, aussi habile à reconstituer les époques tragiques de l'Histoire qu'à fixer les traits caractéristiques de nos moeurs lilloises, il sut évoquer avec la même aisance, tantôt comme dans le Sac de Bavai, tantôt comme dans Van Brabant et Cie, toiles et sarraux, les traditions familiales de notre négoce, qui a porté si loin dans le monde le bon renom de la cité. Et que de tableaux à la manière flamande, hauts en couleur et débordants de vie, on pourrait extraire de la Conjuration de Bruges, de la Furie espagnole, de Boinebroke, des Gens de la Vieille Roche, des Souvenirs d'une Vieille Barbe, etc.
Son talent procédait de la bonne veine gauloise et ce n'est pas seulement dans ses Contes où il relate «les hauts faits de guerre, d'amour, de beuverie et autres advenus ès pays de Flandre», mais dans maint autre récit que sa verve se plaisait au naïf et savoureux langage de nos vieux romanciers.
C'est par centaines que l'on compterait les pages, dramatiques ou charmantes, qu'il a jetées comme en se jouant, soit dans les revues régionales et parisiennes,--dans l'Illustration, notamment,--soit dans l'Echo du Nord, qui s'honorera toujours de l'avoir eu comme rédacteur en chef et directeur, et auquel son nom restera indissolublement uni.
Journaliste de la bonne école, polémiste inflexiblement courtois, excellant à faire jaillir la lumière des chocs de la discussion, son style sonnait clair le bon métal français; il avait la netteté, la mesure, la force,--et ce style, c'était l'homme.
Républicain d'avant la République, il fut de ce groupe politique lillois qui lutta obstinément pour tant de belles idées. Ardent à les propager, généreux à les servir, M. Verly aurait pu dans le régime nouveau, prétendre à de hautes fonctions. Il aima mieux garder sa plume et, avec le noble désintéressement qui fut la marque distinctive de son caractère, auquel rendirent souvent hommage des hommes comme Jules Simon, de Marcère et Testelin, il poursuivit le bon combat du journalisme.