Les députés étaient admirablement choyés. M. de Villèle leur avait dit: «Vous êtes ici non pour discuter, mais pour voter.» Ils obéissaient, il fallait bien les en récompenser.
C’était alors le bon temps des dîners ministériels. Tous les députés bien pensants avaient, dit-on, leur rond de serviette chez MM. de Villèle et de Peyronnet. «On tenait, dit un petit journal, les députés par la gueule.» Un autre disait: «Quand on a la bouche pleine, on ne parle pas;» ou encore: «Un homme qui digère ne refuse rien.» Et le public riait.
Figaro fait chorus. Sans cesse il revient aux tables ministérielles; il énumère avec complaisance les truffes, les primeurs, les mets délicats servis aux Spartiates affamés. Il fait le compte des bouteilles bues; il voudrait avoir pris mesure de la taille des Trois-Cents, pour savoir s’ils ont beaucoup engraissé pendant la session. Pour les Spartiates, il réserve ses plus méchants quolibets, ses plus mordantes épigrammes. On dirait qu’il essaye de leur couper l’appétit. Il n’y réussit pas, et c’est d’un ton dolent qu’il s’écrie: «Leur appétit nous ruine.»
Il est vrai que cette majorité coûtait gros; grasse était la solde des Spartiates.
—Monsieur, demandait un jour Charles X, combien pensez-vous qu’il faille à un député pour vivre honorablement à Paris?
—Je pense, Sire, qu’avec six mille francs...
—Six mille francs! dites-vous, s’écria le roi, il en est auxquels je donne plus du double et qui se plaignent de mourir de faim.
Et le roi ne comptait ni les places ni les sinécures.
Il y a cependant à ceci une moralité assez bonne à méditer pour les gouvernements: c’est cette majorité si chèrement et si déloyalement obtenue qui renversa le ministère Villèle et prépara la chute de Charles X.