Aussi, Désaugiers aura la seule récompense digne du poëte; il prendra place parmi les élus de la nation. Il vivra dans la mémoire tant qu’il y aura de la grâce chez nos femmes, de l’esprit parmi notre jeunesse; tant que les vers d’Anacréon seront regardés comme le résultat le plus heureux de la philosophie de tous les siècles.

Mais aujourd’hui ses amis pleurent sur sa tombe; la beauté a quitté ses guirlandes de fleurs; Thalie, éplorée, regarde ses blessures récentes. Hélas! depuis la mort de Panard, elle n’avait jamais ressenti une perte plus irréparable et plus cruelle!

Adieu, adieu, l’auteur de tant de charmants refrains! de tant d’ouvrages délicieux! adieu l’esprit, la verve, la gaieté, la franchise, le Vaudeville n’est plus!!!

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«Bon Désaugiers, avec philosophie,
«Même en mourant, dit-on, tu conservais
«Ce calme heureux que n’altéraient jamais
«Les douleurs de ce mal qui consumait ta vie.
«Vas te placer sur l’Hélicon,
«Asile du génie et du talent modeste.»
Et nous, pleurons sa mort... Mais Béranger nous reste.
Consolez-vous, amis de la chanson.

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* *

Les jours meilleurs prévus par Figaro sont venus; les obstacles ont été levés. De nouveau Basile reparaît sur la vignette, tenu en respect par le bâton du barbier. Il y restera cette fois jusqu’au dernier jour.

Mercredi, 7 novembre 1827.
LE RETOUR DE BASILE.
BASILE, à la porte de Figaro, battant la semelle et soufflant
dans ses doigts
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Diantre soit de l’événement! Moi qui comptais me chauffer tout l’hiver avec les rognures!... Mettre ainsi un pauvre homme à la porte! Il faut que je vive... Je sais bien que tout le monde n’en voit pas la nécessité... Allons Basile, mon ami, changeons de gamme; faisons comme l’abbé Pellegrin... Je ne me montrerai pas exigeant. Voilà ma pétition en deux mots: Le coin le plus éloigné du feu, les miettes de la table; et puis ce que je demanderai, ce qu’on me donnera, avec ce que je prendrai. Voilà tout ce qu’il me faut; j’en serai quitte pour quelques coups de lancette, mais le froid pique plus que cela: on peut mourir de faim, mais on ne meurt pas de honte. Frappons. (Il frappe.)

FIGARO.

Entrez! Bienvenu, qui arrive aujourd’hui...