Extérieurement, M. de Martig... laisse maltraiter les préfets, mais il les caresse dans son intérieur.
Dimanche, 24 février 1828.
L’INFIRME
OU LA GAUCHE ET LA DROITE.
La gauche est pleine de vigueur, de force et d’adresse; elle écarte en se jouant tous les obstacles qu’on oppose à la marche du corps dont elle fait partie, et ce qu’on lui confie, elle le tient avec fermeté.
La droite se soulève avec peine: ses mouvements rétrogrades semblent indiquer qu’elle veut tout amener à elle, et cependant elle ne peut rien retenir; et à quelque emploi qu’on veuille la destiner, sa maladresse est telle qu’elle ne peut rien toucher sans briser ou salir.
La gauche, habituée aux plus rudes travaux, a la chaleur de la vie; la droite est glacée: c’est un membre paralysé.
L’infirme, persuadé qu’il fallait renoncer à compter sur la droite, a demandé à la gauche des moyens de subsistance, de fortune et de bonheur. Quant au membre paralysé, se contentant de le considérer comme un contre-poids nécessaire pour le maintenir en équilibre, il a remercié Dieu de ne pas le rendre impotent des deux mains.
Comme il est dans la nature des êtres inutiles de nuire pour se venger de leur nullité, la droite a contracté un tic insupportable qui la fait se jeter sur la gauche pour l’embarrasser dans ses travaux; cependant plus d’une fois elle s’est blessée en voulant arrêter le membre laborieux. Mais ces blessures ne sont pas de salutaires avertissements pour elle, la droite est privée de sensibilité.
Lorsque l’infirme veut méditer les pages du Contrat social, la gauche tourne les feuillets et la droite vient fermer le livre.
L’infirme a-t-il à réclamer contre l’arbitraire, la gauche l’aide à instruire la puissance inviolable, des méfaits du pouvoir violateur des lois; mais la droite, fidèle à son tic, vient répandre l’encrier sur le papier pour effacer les caractères.