—C’est pour tuer la plaisanterie qu’on a élargi la politique. La plaisanterie est une balle élastique qui rebondit sur toutes les intelligences; la politique spéculative, une nuée qui passe au-dessus de bien des têtes.
—Tu n’es jamais content. Tu criais que tu étais à l’étroit...
—Maintenant, je suis trop au large. Je veux un habit à ma taille. Le premier me blessait, celui-ci m’embarrasse; l’un m’ôtait tout mouvement, l’autre est capable de me faire tomber à chaque pas. Je suis forcé de faire la dépense du costume: mais du diable si je le mets.
—Te voilà donc traîné à la remorque du siècle, toi qui ne cessais de crier: En avant!
—Sans doute, mais chacun à son poste. Pendant que les gros faiseurs, les aristocrates du journalisme, s’amuseront royalement à courre le cerf, j’attendrai les lièvres au trébuchet: cela convient mieux à ma paresse et à mon génie.
—Mais, sot que tu es, on t’a délivré ton port d’armes; il faut en user.
—C’est parce qu’on m’y invite que je m’y refuse; je crains les ministres, même quand ils nous font des présents.
—Où vois-tu le piége?
—Dans la livrée de penseur que l’on me jette. C’est un guet-apens! J’amusais; on veut me rendre ennuyeux. On me fait la courte échelle pour que je sorte de mon piédestal. Le mauvais plaisant fait plus de blessures mortelles que le grave dissertateur. On ne veut que m’interdire cauteleusement la verve du premier rôle, en m’offrant la gloire du second. C’est une défense indirecte, une flatterie jésuitique pour me donner de l’amour-propre et changer mon allure d’étourdi en manière de pédagogue. On veut discréditer la malice en permettant le génie.
—Figaro faire fi du génie! Voilà du neuf! c’est battre sa nourrice et renier son père!