M. de Polignac commence à s’apercevoir que le télégraphe le fait aller.
Mercredi 21 et jeudi 22 janvier 1829.
MONSIEUR DE POLIGNAC.
C’est le petit bonhomme du baromètre politique: dehors quand il fait beau, dedans au moment de l’orage; à Londres, quand le pouvoir est tant soit peu constitutionnel; à Paris, quand la France est menacée d’un envahissement jésuitique. On dirait un aide de camp de Wellington, traversant la Manche à tous les moments pour porter les ordres du généralissime des gouvernements rétrogrades.
Il va, vient, retourne, revient encore, comme ces coureurs d’héritages qui visitent tous les moribonds dont ils ne sont pas les parents, attendant que le hasard ou l’importunité leur vaille une succession. Tout ministre partant semble lui devoir son portefeuille, comme tout oiseau absent doit son nid au coucou.
Jusqu’à présent, ses vœux et ses courses furent trompés. Des amitiés pressantes, des affections de parti toutes paternelles, ne le purent élever jusqu’au ministère; cette fois, il paraît avoir plus de chances. On dit que Nos Excellences le rappellent elles-mêmes et qu’elles vont se le donner pour maître. Dieu! que ce sera plaisant! le joli combat! la drôle de lutte! M. de Polignac seul contre la nation! Seul? non pas; il aura avec lui, comme seconds dans cette passe d’armes, MM. Villèle et Peyronnet; pour hérauts, il aura MM. Portalis et Martignac; car ceux-ci, ils seront de tout ce qu’on voudra, excepté d’une administration libérale. Ils avaient la balle assez belle pourtant; mais ils ne l’ont pas su jouer et l’ont maladroitement lancée au côté droit, où M. de Polignac arrive assez à temps pour la prendre au bond.
M. de Polignac, son nom est dans toutes les bouches depuis trois jours; il doit se dire, comme le lièvre de La Fontaine:
Je suis donc un foudre de guerre!
Que de cris d’alarme parce qu’il monte! Eh! bonnes gens, il n’est pas encore en haut; et puis on descend si vite sur ce plan incliné, quand on est poussé par tout un peuple et qu’on ne trouve pour point de résistance qu’une coterie haïe et méprisée.
Les sacristains se réjouissent, on danse au noviciat de la rue de Sèvres, les neuvaines se multiplient; n’ayez pas peur. MM. Portalis et Martignac tomberont, c’est possible, c’est probable; ils pouvaient devenir populaires, ils ne l’ont pas voulu; mais que M. de Polignac les remplace, ce n’est pas sûr. Que ferait-il là? voyons! Il restituerait aux jésuites ce qu’ils ont perdu; or, qu’ont perdu les jésuites, sous les ministres actuels? rien du tout. M. de Portalis les aime trop pour leur avoir fait la moindre peine, et M. de Martignac aime trop le ministère pour ne s’être pas ménagé en secret, par des concessions, l’affection des bons pères. M. de Polignac voudra faire de la politique de dévote, mais on lui rira au nez. Les Chambres prendront cela comme une plaisanterie, et la plaisanterie tue; elle a tué M. de Villèle, plus fort que M. de Polignac. C’est une arme redoutable au moins, contre laquelle il n’y a que la raison; et dites-moi où sera la raison, c’est-à-dire la justice, le bon sens constitutionnel, si M. de Polignac est au ministère.
M. de Polignac n’aime pas la Charte, c’est un goût comme un autre. On peut être un excellent homme sans aimer la Charte, mais non un ministre passable dans un pays où elle est la loi d’où toutes les lois découlent. Le prince du pape refusa à la Chambre des pairs de prêter serment à la Charte; il était bien libre: on ne peut contraindre un fiancé, malgré lui, à jurer fidélité à la femme qu’il déteste; mais alors le fiancé n’épouse pas, et M. de Polignac est pair, et il veut toujours être ministre!