Des nouvelles de Calais annoncent que décidément M. de Polignac revient sur l’eau.

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L’alter ego de don Miguel, c’est le bourreau.

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Pour l’esprit, Martignac est vraiment un démon.
Comme avec grâce il dissimule!
Et qu’il sait bien vous dorer la pilule,
Pour y mieux cacher le poison.
Aux libertés, si, par exemple,
On désire élever un temple,
Il en décore le fronton.
Le portique et le péristyle
A tous les yeux sont d’un beau style.
On entre... C’est une prison.


Dimanche et lundi, 19 et 20 avril 1829.
ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
M. BENJAMIN CONSTANT.—M. SYRIEYS DE MAYRINHAC.

M. Benjamin Constant a passé la plus grande partie de sa vie au sein de nos assemblées politiques. Il a pris part à tous leurs débats, il a vieilli au milieu de leurs orages. Infatigable athlète, il écrivait sous le Consulat, sous l’Empire, à la Restauration, pendant les Cent-Jours. En 1816, il écrivait encore; il écrira jusqu’au dernier soupir et mourra sur la brèche. La tribune est devenue son élément: là seulement il est à l’aise, il respire, il jouit. Il faut le voir s’agiter, les jours de discussion, lorsque quelque orateur verbeux lui gaspille son temps et retarde pour lui l’heure de la parole: tantôt il se promène, les yeux fixés sur l’horloge; tantôt il se pose avec impatience en face de l’ennemi, quel qu’il soit, qui parle avant son tour. Enfin, cet ennemi descend de la tribune, et M. Benjamin Constant s’y précipite, s’y cramponne, la presse de ses deux mains avec amour, avec passion..... Le président vient de lui accorder la parole.

L’honorable orateur est un homme d’une haute stature: son teint est pâle, sa figure pleine de finesse et d’expression; ses cheveux, blonds et rares, retombent en boucles sur ses épaules. Sa voix, sèche et fatiguée, n’a pas beaucoup d’étendue, mais elle s’anime par moments et laisse à peine sentir le léger grasseyement qui la caractérise. Toutefois, M. Benjamin Constant paraît plus orateur quand on lit ses discours que lorsqu’on les entend. La mauvaise habitude qu’il a prise d’écrire chacune de ses phrases sur une petite feuille isolée et la faiblesse de sa vue le forcent de se baisser, en quelque sorte, au retour de chaque période pour retrouver la phrase suivante, qu’il a l’air de jeter avec humeur au visage de ses adversaires. Il en résulte un mouvement de tout son corps, régulier et monotone, qui fatigue les spectateurs et qui nuit beaucoup à l’effet oratoire. Aussi, les discours de M. Benjamin Constant exercent-ils plus d’influence le lendemain que le jour même, et sur le public que dans la Chambre où ils ont été prononcés.

L’effet est bien différent lorsque l’honorable député improvise. L’habitude de la tribune et la connaissance parfaite qu’il a des assemblées délibérantes lui donnent, dans ce cas, de très-grands avantages. Aussi, le voit-on presque toujours sortir avec honneur de ces épreuves difficiles qui ont été fatales à plus d’une grande réputation. Elégance de l’expression, élocution insinuante, mots spirituels, arguments décisifs, rien ne lui manque pour captiver l’attention distraite, pour ébranler les résolutions prises d’avance, ou retenir les membres pressés de dîner. Nous l’avons vu plusieurs fois arrêter la retraite de tout un centre affamé, qui semblait n’avoir plus d’oreilles après cinq heures et demie. Un autre jour, il trouvait le moyen de piquer la curiosité par sa manière adroite de poser une question ou son intention hardie de la résoudre.