Quelques censeurs austères ont reproché à M. Laffitte des habitudes aristocratiques et un luxe dont l’industrie, pourtant, ne lui a jamais su mauvais gré. C’était méconnaître la nature véritable de son caractère, plébéien par principes, indépendant par goût et retrempé par de longs travaux politiques. Cet amour de l’indépendance a failli faire perdre, un moment, à M. Laffitte la popularité dont il n’a cessé de jouir. On sait qu’il se prononça, dans le temps, en faveur de la réduction de la rente, proposée par M. de Villèle dans l’intérêt des émigrés, et que cette démarche, résultat de ses études sur le crédit, fut considérée comme une espèce de défection. Loin de se rétracter, M. Laffitte persista dans sa résolution, que l’expérience a justifiée depuis et que plusieurs députés libéraux, mieux éclairés, appuient aujourd’hui de leurs suffrages. Il est désormais reconnu que le droit de l’Etat est d’emprunter au taux le plus modéré, et que c’est pour le gouvernement un devoir d’user de ce droit, puisque la nation au nom de laquelle il agit, forte de trente-deux millions d’hommes, est le plus solide de tous les débiteurs. M. Laffitte a eu l’honneur de faire triompher cette doctrine si essentielle à la prospérité du crédit public, et dont la France retirera quelque jour des avantages incalculables, quand elle voudra parler haut en Europe.

La popularité de M. Casimir Périer date surtout de son opposition à cette mesure financière. La haine qu’on portait au ministère Villèle était si grande alors, que ce fut une bonne fortune pour l’honorable orateur de se trouver à la tête du parti qui travaillait à le renverser. M. Casimir Périer ne resta pas au-dessous d’une tâche aussi belle, et c’est à lui que la France doit d’avoir signalé à la tribune les fourberies et les turpitudes de cet odieux ministère. Lorsque les violences et les fraudes électorales eurent réduit à une mince phalange les rangs éclaircis de nos défenseurs, il fallut suppléer au nombre par le courage, et M. Casimir Périer valut seul une armée. Sans cesse il était à l’attaque, harcelant, démasquant ses adversaires, ne laissant aucun mot sans réponse, aucun sophisme sans réfutation, aucune insulte au pays sans vengeance. Guerre pénible et difficile, où manquait l’espérance, et soutenue par les seules forces qu’inspirent l’honneur et le patriotisme.

On se souvient encore de ces improvisations énergiques et spirituelles qui consolaient la France de la longue oppression sous laquelle elle se résignait à gémir. M. Périer n’était pas seul sur la brèche, mais il y combattait toujours, ardent à poursuivre l’ennemi, à déjouer les ruses jésuitiques et à rallier les courages défaillants. Ce terrible exercice, dans lequel les talents de l’honorable député grandissaient à vue d’œil, a fini par altérer sa santé, et M. Casimir Périer est condamné aujourd’hui à ne prendre part que de son conseil et de son vote aux discussions parlementaires. Il est rare qu’il manque d’assister aux séances de la Chambre, et nous le voyons tous les jours venir s’asseoir avec exactitude à sa place ordinaire, au premier banc de la gauche, en face de M. Syrieys de Mayrinhac. Sa figure pâle porte l’empreinte de ses souffrances, mais son embonpoint n’a pas sensiblement diminué. M. Casimir Périer est d’une taille élevée, ses traits sont graves et sévères; son accueil, un peu froid, est dépourvu de cette aménité qui distingue M. Laffitte. On dit qu’il répond rarement aux lettres qui lui sont adressées, et qu’à force de faire la guerre à M. de Corbière, il a gagné de son ennemi cette mauvaise habitude.


UN TARTUFE.

Ton Royalisme est suspecté,
C...., la fureur t’est permise;
Qui vit de sa fidélité
Doit défendre sa marchandise.


COUPS DE LANCETTE.

Nos ministres ont fait jusqu’ici du gouvernement représentatif un gala auquel la France ne prend part que pour payer la carte.

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