C’est dans ces pages étincelantes de verve, pétillantes de raillerie, de l’ancien Figaro, que plus tard puisera l’histoire, dans quelque cinquante ans; elles seront rares et précieuses, parce qu’elles sont comme les mémoires au jour le jour de l’opinion, en un temps où l’opinion était souveraine. Une méchanceté spirituelle, un coup de lancette, une bigarrure, en disent plus, souvent, que quatre longues colonnes, bien compactes et bien serrées.

Avec de semblables documents, on n’écrit pas l’histoire, mais on la comprend, et surtout on reconstruit une société.

Jusqu’ici, cependant, tous les historiens sérieux de la Restauration semblent avoir, à dessein, négligé ce petit journal. Peut-être le trouvaient-ils trop au-dessous de leur gravité, peut-être pensaient-ils, bien à tort, que les faits qu’il éclaire sont encore trop près de nous pour avoir besoin de lumière. Le plus explicite de tous en fait à peine mention dans deux circonstances: lors de la condamnation de son directeur, et à propos des fameuses ordonnances, parce que la protestation des journalistes portait les noms de Victor Bohain et de M. Nestor Roqueplan, alors à la tête du Figaro.

J’ai voulu réparer cet oubli, et essayer de donner une idée de ce qu’était le petit journal sous la Restauration. Il joua alors un grand rôle. Il était chargé de la partie de flageolet dans cette immense symphonie du journalisme, et il s’en acquittait merveilleusement. J’avais à choisir entre le Corsaire, le Miroir, la Pandore et bien d’autres, je me suis décidé pour le Figaro, le plus connu et de beaucoup le mieux fait.

Puisant, sans parti pris, presque au hasard, dans les quatre années de 1826 à 1830, j’ai recueilli un volume, la fleur du panier, à ce que je crois.

Autant que possible j’ai écarté les articles trop violents, les allusions blessantes, les à-propos dont le sel semblerait perdu, enfin les personnalités de nature à choquer encore aujourd’hui certaines susceptibilités.

Quant à la ligne politique suivie par le Figaro, je ne m’en suis aucunement préoccupé. L’intérêt, à mon sens, n’était pas là.

Je me réservais, d’ailleurs, de déclarer qu’en tout ceci je prétends n’engager en aucune façon ma responsabilité non plus que mes opinions.

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Chatelain, l’ancien rédacteur en chef du Courrier français, un des journalistes les plus distingués de la Restauration et des premières années de la monarchie de Juillet, avouait à son lit de mort qu’il avait passé vingt ans de sa vie politique à refaire tous les jours le même article; un grand nombre de ses confrères n’ont pu s’empêcher de confesser la même vérité.