Il est trop tard maintenant; il vaut mieux nous ajourner à mercredi.
M. DE CHABROL.
A mercredi, soit; mais si d’ici là les événements deviennent impérieux, nous monterons à cheval, n’est-ce pas?
M. D’HAUSSEZ (à part).
Ou en fiacre, pour retourner chacun chez nous.
ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
M. ROY.—M. DE SAINT-CRICQ.—M. DE CAUX.—M. HYDE DE NEUVILLE.
M. le comte Roy ressemble à un bon bourgeois de province, de ceux qui sont restés fidèles aux costumes des anciens jours. Son Excellence porte ordinairement une culotte qui se boutonne à la hauteur du nombril et d’où pend, attachée à sa montre, une breloque resplendissante d’or. Son embonpoint est tel qu’il convient au ministre des finances d’un roi puissant et d’un pays qui paye un milliard d’impôts. M. Roy est resté fidèle à la poudre à poudrer de l’ancien régime, et si Son Excellence ne porte pas des ailes de pigeon, c’est qu’elle n’a pas assez de cheveux sur les tempes. Sa taille n’est ni grande, ni petite; ses traits sont moins lourds que ceux de M. de Portalis, et sa démarche un peu plus légère que celle de M. de Caux. Comme orateur, M. Roy peut prétendre à une médiocrité du second ou du troisième ordre. Son débit est monotone, sa prononciation sèche, son geste froid et inanimé; il parle à la tribune comme la statue au Festin de Pierre.
M. Roy a l’honneur d’être pair de France; il possède une immense fortune et il n’a point d’enfants. Quant à ses opinions politiques, telles qu’on peut les connaître par les actes de sa vie publique, nous sommes fort embarrassés pour les définir, puisque M. le comte n’a jamais fait partie que des ministères à bascule. Nous pensons, toutefois, que Son Excellence incline plus volontiers vers les idées aristocratiques. Ses manières ne sont pas tout à fait exemptes de morgue, et l’on assure que le trait distinctif du caractère de Son Excellence est l’opiniâtreté. Malheureusement, M. Roy n’est pas un homme fort éclairé; son génie, profondément fiscal, est resté étranger aux progrès des sciences économiques, et les Anglais ont beaucoup ri de certaines doctrines financières qui ne tendaient à rien moins qu’à étouffer parmi nous le crédit public dans sa source et l’industrie dans ses développements. Aux yeux de M. Roy, la production n’est qu’une matière imposable, la richesse publique un élément de contributions, et, sous plus d’un rapport, Son Excellence est d’accord avec l’illustre économiste, M. Syrieys de Mayrinhac, qui, le premier, a proclamé que la France produisait trop.
M. de Saint-Cricq est le plus maigre de tous nos ministres. Ses doctrines ne sont pas plus arrêtées que celles de M. Roy; nous l’avons vu successivement défendre les douanes, la liberté du commerce, les ministères passés, le ministère présent, et il y a lieu de croire qu’il défendrait aussi tous les ministères futurs. C’est, du reste, un homme inoffensif, fort doux, de mœurs simples, d’une figure agréable et prévenante. Sa sobriété serait étonnante pour un ministre, s’il était vrai, comme on nous l’a assuré, que Son Excellence déjeune très-souvent avec un œuf frais ou une tasse de chocolat. On sait que la création du ministère du commerce, dont il est titulaire, excita dans le temps une foule de réclamations: Son Excellence a voulu se faire pardonner la jouissance de cette sinécure par quelques mesures utiles, au nombre desquelles l’institution d’une commission d’enquête doit occuper le premier rang. Au reste, il convient de reconnaître que, dans le ministère actuel, M. de Saint-Cricq s’est prononcé plus d’une fois en faveur des résolutions les plus favorables au système constitutionnel.