M. de Montbel, maire de Toulouse, est entré à la Chambre des députés sous les auspices de son compatriote, M. de Villèle, pendant la longue domination des Trois-Cents. C’est un homme d’une taille au-dessous de la moyenne, d’une corpulence assez remarquable, et dont les traits lourds et communs n’ont rien de cette vivacité qui caractérise les riverains de la Garonne. Il siége au côté droit, non loin de MM. de Pina et de Labourdonnaye. C’est lui qui prend ordinairement la parole toutes les fois qu’il s’agit de défendre le personnel de l’ancien ministère, ou plutôt de M. de Villèle; car M. Syrieys de Mayrinhac s’est chargé de la défense de M. de Corbière, et personne, que je sache, n’a voulu de celle de M. de Peyronnet. M. de Montbel n’est pas d’ailleurs un homme sans talent et, de tous les meneurs du côté droit, c’est peut-être lui qui connaît le mieux le faible de la Chambre des députés. Son langage ne manque ni de mesure, ni d’adresse, ni parfois d’éloquence; et si ce n’était que la Chambre a cessé d’être dupe des paroles, il ferait illusion aux libéraux par la manière dont il sait intéresser leur générosité.
L’organe de cet honorable membre est extrêmement désagréable, et ceux qui l’entendent pour la première fois croient toujours qu’il est enroué. Cependant on l’écoute avec curiosité, parce qu’on apprend par lui la pensée véritable du parti villéliste, et que ses adversaires ne sont pas sans estime pour sa personne. Ce royaliste prononcé, cet orateur, si ardent à la tribune, passe pour un homme de mœurs douces et bienveillantes; on cite même plusieurs traits fort honorables de sa vie privée. Pour moi, si j’en puis bien juger par simple conjecture, je crois que M. de Montbel ne nous ferait pas tous pendre s’il était le plus fort; mais je ne serais pas aussi rassuré de la part de ses respectables amis, depuis les fusillades de la rue Saint-Denis.
Et, par exemple, si M. de Pina devenait jamais ministre, je prendrais sur-le-champ ma canne et mon chapeau pour me sauver je ne sais où, mais le plus loin possible de ce saint personnage. Je n’en connais pas un de plus violent, ni de plus rancunier dans toute l’assemblée; et sa figure habituellement ouverte et riante me rappelle toujours, je ne sais pas pourquoi, celle de Frédérick dans le rôle de Méphistophélès. M. de Pina conserve encore, au sein de la Chambre de 1829, les opinions et les doctrines qui dominaient aux conférences de Pilnitz; il est campé sur les bords du Rhin, et il attend que M. de Brunswick ait mis à la raison les Parisiens révoltés. Nul n’assaisonne de fiel mieux que lui une harangue contre des pétitionnaires; nul ne parle avec plus d’amertume de la liberté de la presse, de l’égalité devant la loi et de toutes conquêtes de la révolution sur l’ancien régime. Il partage avec M. de Lépine et M. de Conny tout l’honneur des homélies parlementaires qui ont rendu ces deux députés si célèbres, et je n’ai jamais lu de description du jugement dernier plus curieuse que ses tirades sur la dissolution des sociétés. Les balistes et le manioc de M. de Sallabéry peuvent seuls leur être comparés.
Nous avons eu dernièrement une occasion remarquable d’observer le caractère énergique de M. de Pina. C’était le jour où, reprenant toute sa dignité, la Chambre des députés se leva comme un seul homme contre la suppression de l’amendement relatif à la salle à manger de M. de Peyronnet. Depuis la chute du ministère déplorable, le côté droit n’avait pas encore éprouvé d’échec aussi désastreux. La consternation était peinte sur tous les visages religieux et monarchiques, et l’on eût dit que la Bastille venait d’être prise une seconde fois. M. de Pina, seul, debout à son banc, les bras croisés, ainsi que Marius sur les ruines de Carthage, bravait de ses regards l’hilarité du côté gauche; en vain les huissiers criaient de toutes parts: «Asseyez-vous, Messieurs; M. le président vous prie de vous asseoir.» L’inflexible Pina demeurait immobile. Enfin, saisi d’indignation, il s’écrie: «De quel droit veut-on me faire asseoir?» et proteste du moins, par cette véhémente apostrophe, contre le triomphe de la révolution.
L’honorable M. de Labourdonnaye est un homme plus grave. La première fois que j’ai eu l’honneur de le voir, je m’attendais à trouver dans sa physionomie quelques traits en harmonie avec sa réputation parlementaire, des yeux vifs et perçants, un front découvert et hardi, une tenue imposante et digne, tout au moins, d’un vieux chef de parti. Loin de là, M. le comte de Labourdonnaye n’offre à l’observateur qu’une physionomie sans expression, un visage maussade, un air ennuyé; sa voix sourde et monotone résonne tristement dans l’enceinte de la Chambre sans y trouver d’écho, et vient mourir dans la tribune des journalistes où le rédacteur de la Quotidienne lui fait de temps en temps la charité d’une colonne. Il m’est impossible de comprendre comment cet honorable député a pu exercer de l’influence sur une assemblée délibérante, autrement qu’en me rappelant ce proverbe: Dans le royaume des aveugles, les borgnes font la loi.
Mais quand je remets dans mon esprit les saturnales de la session de 1823, l’expulsion de Manuel et toutes les batailles gagnées par le côté droit de ce temps sur l’honneur et les libertés de la France, je m’explique plus aisément la gloire parlementaire de M. de Labourdonnaye. Le système des catégories doit à son éloquence de nombreuses victimes, et c’est lui qui disait un jour aux députés du côté gauche: «La France ne veut plus de vous!» Aujourd’hui que la France a fait connaître ses vœux, nous avons rarement le plaisir d’entendre M. le comte de Labourdonnaye, et même il est probable qu’au prochain renouvellement des Chambres, nous en serons entièrement privés; aussi l’honorable membre commence-t-il à nous accoutumer à son silence; sa voix, jadis si redoutable, est devenue muette et ne rend plus d’oracles; son front, chargé de rides, se couvre tous les jours de nouveaux soucis, et le temps n’est pas loin où cette renommée si brillante expirera dans l’oubli.
Pour moi, j’aime à voir disparaître sans bruit ces coryphées de la Chambre introuvable et déplorable, qui instituèrent les cours prévôtales, qui rédigeaient les notes secrètes, qui se sont adjugées un milliard, qui ont fait la loi du sacrilége, exploité l’assassinat du duc de Berri et ordonné les coups de collier du mois de novembre. Ainsi s’évanouiront devant la raison publique et la génération nouvelle tous ces vieillards atrabilaires, tristes représentants des haines du passé; ainsi ont disparu les Dudon, les Donadieu, les Saint-Chamans, et passeront comme eux les Grénédan, les Sallabéry, et tant d’autres médiocrités, qui se consument lentement du supplice de leur impuissance et meurent, comme les héros du Dante, sans même emporter l’espérance.
ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
M. LE GÉNÉRAL LAMARQUE.—M. LE GÉNÉRAL GÉRARD.—M. LE GÉNÉRAL
DEMARSAY.—M. LE GÉNÉRAL HIGONET.—M. LE GÉNÉRAL TIBURCE SÉBASTIANI.—M.
LE GÉNÉRAL MATHIEU DUMAS.
La Chambre des députés, comme on le voit par ce titre, qui ne les comprend pas tous, est fort riche en généraux. Est-ce un bien? est-ce un mal? Je l’ignore; mais c’est un fait statistique assez remarquable et dont, à tout prendre, la France aura peut-être un jour à s’applaudir. Les généraux français ont rapporté de la guerre un sentiment exalté de l’honneur national; divisés sur les questions de liberté, ils s’entendraient certainement sur la question d’indépendance, derrière laquelle nos franchises civiles auront toujours le temps de se bien constituer. C’est d’ailleurs une justice à rendre à nos députés militaires, de reconnaître que la plupart d’entre eux, abdiquant les habitudes un peu despotiques de leur état, se sont montrés les défenseurs constants des libertés publiques.