LA PRESSE DU FIGARO.—Ouf!!! dites donc, voisine, vous qui dormez là-bas, que pensez-vous de tout ce qu’on dit depuis quelques jours?

LA PRESSE VOISINE.—Ah! ah! c’est vous... Eh! eh! je dis que ça pourrait bien nous faire quitter la place. Et moi, qui suis arrivée d’hier seulement de l’imprimerie d’un journal politique, pour vous relayer, voisine!... dites donc, j’ai bien choisi le moment.

LA PRESSE DU FIGARO.—Est-ce que vous auriez imprimé le fameux projet?

LA PRESSE VOISINE.—Parbleu! oui, pour mes péchés;... c’est ce qui m’a tellement démantibulé les reins, que l’on m’a fait transporter ici, comme qui dirait à l’hôpital. Si vous saviez, ma chère, quel mal ça m’a fait, surtout quand j’appuyais sur le chapitre du timbre... Faut-il qu’ils soient timbrés, ceux qui...

LA PRESSE DU FIGARO.—Chut!... voisine, vous allez me parler politique, ça me compromettrait.

LA PRESSE VOISINE.—Ne sommes-nous pas seules?... Qui nous empêche de causer en liberté? Dites donc, voisine, en liberté, le mot est bon.

LA PRESSE DU FIGARO.—Divin!... Moi qui vous parle, avant d’imprimer ce méchant Figaro, j’ai servi à plusieurs éditions de la Charte; je mordais là-dessus en conscience, et je puis dire que je rendais joliment le caractère. Mais à la dernière édition, je ne sais si c’était la faute de l’éditeur ou de ses ouvriers; ce n’était plus la même chose, il y avait des articles entiers qui ne paraissaient plus.

LA PRESSE VOISINE.—Ça venait peut-être des remaniements?

LA PRESSE DU FIGARO.—Je l’ignore; dernièrement, j’imprimais un article qui racontait comment les Américains, pour une chose semblable...

LA PRESSE VOISINE.—Vous me faites trembler!... Depuis le temps que je sers, je les connais, ces gaillards d’imprimeurs, je sais ce que vaut la force de leurs poignets.