Tous les journaux et écrits périodiques se trouvaient frappés du timbre; «le nom des propriétaires devait être écrit en tête de chaque exemplaire;» enfin «aucune société relative à un journal ne pouvait être contractée qu’en nom collectif, et les associés ne pouvaient en aucun cas excéder le nombre cinq.»

Le chapitre des peines brillait par son laconisme: des amendes de 2,000 à 20,000 francs, et la prison pour la moindre contravention; il était à peu près impossible d’écrire cinq lignes sur n’importe qui ou n’importe quoi sans se trouver sous le coup de quelque disposition.

Ce projet parut si monstrueux, que, tandis que tous les corps de métier atteints signaient protestations sur protestations, tous les corps savants rédigèrent des pétitions. L’Académie elle-même, si docile au pouvoir de la Restauration, osa exposer ses doléances, dans une supplique au roi, supplique empreinte d’un dévoûment absolu.

En écoutant la lecture de ce projet, Casimir Périer s’écria avec force: «Vous supprimez l’imprimerie en France, et vous la transportez en Belgique au profit de l’étranger et des pays libres.» On ne pouvait mieux résumer l’opinion, et, dit M. de Vaulabelle, «le député de la gauche n’exagérait pas le résultat désastreux de l’œuvre de M. de Peyronnet.»

Chateaubriand avait qualifié cette loi de «loi de Vandale;» le public et les petits journaux lui donnèrent le nom de «loi de justice et d’amour.» C’était la paraphrase d’un article attribué à M. de Peyronnet, dans lequel ce ministre chantait les louanges des mesures qu’il venait de prendre, mesures, disait-il, «justes, utiles, favorables et douces.» La qualification donnée au projet par le public et les petits journaux a prévalu dans l’histoire, et le projet de M. de Peyronnet a conservé la qualification ironique de loi d’amour.

Le 14 février 1827, la discussion du projet s’ouvrit à la Chambre; il devait pendant toute la session passionner les députés comme il avait passionné le public. Jamais on ne vit si grande affluence d’orateurs. Chacun s’empressait de se faire inscrire, et telle était l’ardeur à retenir son tour de prendre la parole, que le jour de l’inscription, dès six heures du matin, les orateurs arrivaient à la Chambre, et qu’à sept heures la liste était à peu près complète.

Mais déjà, depuis le 1er janvier, la discussion était ouverte dans tous les journaux. Les feuilles de l’opposition, pas n’est besoin de le dire, repoussaient le projet de toutes leurs forces. Figaro, bien que journal non politique, avait été des premiers à commencer le feu. Déjà, dans son article d’étrennes, il décoche un trait à M. de Peyronnet; le 5 janvier, paraît son premier article. La loi d’amour va devenir sa grande affaire tant que durera la discussion.


Vendredi, 5 janvier 1827.
LES DEUX PRESSES.
DIALOGUE.

Le jour commence à paraître; la presse du Figaro, journal non politique, se repose à côté d’autres presses inactives, après avoir gémi pendant une grande partie de la journée. Après avoir gémi, vous entendez, lecteurs; or, puisqu’une presse gémit, elle peut aussi parler. Ne soyez donc pas surpris si la presse du Figaro, pour attendre patiemment le retour du jour, se met à lier conversation avec sa voisine. Ecoutez donc: