Et quant est de la messe, chère seur, sachiez que la messe a plusieurs dignités en drois estas ou degrés dont il nous convient parler et vous esclarcir. Et premièrement, après ce que le prestre est revestu et dit son Confiteor et mis en bon estat, il commence sa messe: et ce appelle-l’en l’Introite de la messe; c’est le commencement ou entrée de la messe, ouquel endroit doit lors chascun homs et chascune femme refraindre ses pensées endroit lui et qu’il ne pense à chose mondaine qu’il ait oncques mais veue ne oye, car quant li homs ou la femme est au moustier pour oïr le service divin, son cuer ne doit mie estre en sa maison ne ès champs, ne ès autres choses mondaines et si ne doit mie penser ès choses temporelles, mais à Dieu proprement, seulement et nuement, et à lui prier dévotement. Après l’Introïte chantée ou dicte, l’en dit par neuf fois: Kirie eleison, Christe eleison, en signifiance qu’il y a en paradis neuf paires d’anges que l’en dit gérarchies, et de chascune paire ou gérarchie viennent à celle messe une quantité et non mie toute l’ordre, mais de chascune une partie. Si doit chascun prier à ces sains anges qu’ils prient pour lui à Nostre Seigneur, en disant:{v. 1, p.18} O vous, sains anges, qui descendez de la gloire au Sauveur, pour lui ministrer et servir en terre, priez lui qu’il nous pardonne nos péchiés et nous envoie sa grâce.
Après, dit-on Gloria in excelsis Deo; lors doit-on louer doulcement Nostre Seigneur en disant: Très doulx Dieu, glorieux et honnourés soiez-vous, loés soiez-vous, benoit soiez-vous, adourés soiez-vous, etc. Après dit-on les oroisons des Sains et de Nostre Dame. Si doit-on prier à la très doulce mère Dieu et aux Sains qu’ils prient pour nous, en disant: Très glorieuse mère Dieu qui estes moienne entre vostre doulz fils et les pécheurs repentans, priez pour moy à vostre enfant, et vous, benois Sains de qui on fait mémoire, aidiez moy et priez avec la dame des anges que Dieu par sa grâce me pardoint mes forfais et enlumine mon cuer de sa grâce. Après ce, dit-on l’Épitre qui est ainsi comme donner remembrance que un messaige vient qui apporte lettres faisans mencion que le sire de tout le monde viendra prouchainement. Après ce chante-l’en le grée[110] ou l’alléluye ou le traict en karesme et dit-on la séquence: c’est démonstrance que ce sont les ménestriers qui viennent devant et monstrent que le Seigneur est jà sur le chemin, et qui cornent pour resjoïr les cuers de ceulx qui attendent et ont espérance en la venue du souverain Seigneur. Après lit-on l’Euvangille; c’est adonc la plus vraie et prouchaine messaigerie: car ce sont les bannières, les pannons et l’estendart qui monstrent certainement que adoncques le Seigneur est près, et lors se doit chascun taire et soy tenir droit,{v. 1, p.19} mettre s’entente à oïr et retenir ce que l’Euvangille dit, car ce sont les propres paroles que Nostre Seigneur dist de sa bouche et lesquelles paroles nous enseignent à vivre, se nous voulons estre de la mesnie à icellui souverain Seigneur. Et pour ce doit estre chascun curieux et ententif à oïr icelles paroles de l’Euvangille et à icelles retenir. Après fait-on l’offrande en laquelle on doit offrir en la main du prestre aucune chose en signifiance que l’en offre son cuer à Dieu, en disant: Sainte Trinité, recevez mon cuer que je vous offre: si le faites riche de vostre grâce. Et en ce disant doit-l’en bailler son offrande. Après ce, quant le prestre se retourne de l’autel il dit que l’en prie pour lui: si en doit-l’en diligemment prier, car il entre en nos besongnes et fait oroisons pour nous.
Après ce, dit le prestre: Per omnia secula seculorum: Et puis: Sursum corda. C’est à dire: levez vos cuers à Dieu. Et le clerc et les autres respondent: Habemus ad Dominum: nous les avons à Nostre Seigneur. Dont doit-l’en appareillier et avoir son oeil au prestre. Après ce, chante-l’en la louenge des anges, c’est assavoir: Sanctus, sanctus, sanctus. Dont descendent les anges pour appareillier, avironner et garder la table sur laquelle Dieu descendra et par son seul regard repaistra ses amis et adonc entend-l’en à veoir sa venue et se doit-l’en appareillier ainsi comme bons amoureux subgiez s’appareillent quant le Roy entre en sa cité, et le doit-l’en amoureusement et en grant joie de cuer regarder et recevoir, et en le regardant regracier sa venue et luy donner louenges et salus, et en pensée et à basse voix lui faire ses requestes pour obtenir rémissions et pardons des meffais passés; car il vient çà bas pour trois choses:{v. 1, p.20} l’une, pour tout pardonner, se nous en sommes dignes; la deuxiesme pour nous donner sa grâce, se nous le savons requérir; la tierce pour nous retraire du chemin d’enfer.
Après est la Paternostre qui nous enseigne que nous le devons appeller père et lui prier qu’il nous pardonne nos meffais ainsi comme nous pardonnons à nos malfaiteurs les leurs, et aussi lui prions qu’il ne nous laisse point péchier ne estre temptés, mais nous délivre de mal; amen. Après on dit Agnus Dei par trois fois et prie-l’en à Dieu qu’il ait mercy de nous et qu’il nous donne paix; qui peut estre entendu paix entre le corps et l’âme, que le corps soit obéissant à l’âme: ou paix entre nous et nos adversaires; et pour ce prent-l’en la paix. Après chante-l’en le post-communion et alors on doit dire et déprier Nostre Seigneur qu’il ne se vueille mie retraire de nous, ne nous laissier comme orphelins et sans père. Après dit-l’en les derrenières oroisons et adonc se doit-on retraire et recommander à la benoite vierge Marie et à elle requerre qu’elle vueille déprier son benoit chier enfant qu’il vueille demourer avec nous. Et quant tout est dit et achevé et le prestre dévestu, adonc doit-l’en icellui Seigneur remercier de ce qu’il nous a donné sens et entendement d’avoir oy sa benoite messe et veu son benoit sacrement qui donne remembrance de sa benoite nativité et de sa benoite passion et de sa benoite résurrection, et luy requérir qu’en persévérant au surplus, il nous doint vraye et parfaicte rémission. Et adoncques, chère seur, vous mettez toute seule, les yeux enclins à la terre, le cuer au ciel, pensez de tout vostre cuer très ententivement et cordialment à tous vos péchiés pour vous en deschargier{v. 1, p.21} et délivrer à celle heure. Mais pour vous adviser dès maintenant comment ce sera fait adonc, je vous en traicteray un petit selon se que j’en sçay et croy.
Chère seur, veulliez de par moy sur ce savoir que quiconques soit homme ou femme qui vueille à droit ses péchiés confesser au sauvement de l’âme de lui ou d’elle, il doit savoir que trois choses lui sont nécessaires; c’est assavoir, contriction, confession et satisfacion; et doit-il ou elle savoir que contriction requiert douleur de cuer en grans gémissemens et repentances et convient que en grant contriction et très humblement le pécheur requière pardon et mercy et déprie très affectueusement nostre créateur et souverain Seigneur qu’il lui vueille pardonner ce en quoy il l’a peu courroucier et offendre. Et sache le pécheur que sans contriction sa prière ne vault riens, puis qu’il ait sa pensée et son cuer ailleurs. Et, chère seur, vous en povez prendre exemple par un à qui l’en promist donner un cheval pour dire une paternostre, mais qu’il ne pensast autre part, et en disant la paternostre, il se pensa se cellui qui lui donnoit le cheval lui laisseroit la selle, et ainsi le maleureux perdit tout. Ainsi est-il de celui qui déprie Nostre Seigneur et ne pense point à sa prière ne à cellui qu’il déprie, et si a jà, par aventure, fait telle chose dont il a desservi à estre pendu au gibet d’enfer et si s’endort en ce péchié et n’en tient compte, et s’il estoit jugié en ce chétif monde par un petit prévost à estre pendu au gibet de fust ou de pierre, ou à paier une grosse amende qui est moins, et il cuidoit reschapper pour avoir contriction, pour plourer et pour prier le prévost ou juge, comment il le prieroit de bon cuer, en grans pleurs, en gémissemens et grans contrictions de{v. 1, p.22} cuer sans penser autre part, et il ne peut mie plourer ne prier du cuer le grant seigneur, son souverain et son créateur qui des haultes fenestres de sa pourvéance où il est lassus voit toute l’affection du cuer d’icellui pécheur! Et si scet bien le pécheur que icellui Seigneur est si piteux et si miséricors que pour très petite prière, mais qu’elle fust de cuer contrict et repentant, il aroit tout pardonné; voire mesmes se la sentence estoit jà donnée contre le pécheur, et fust ores icellui pécheur condempné à mort, or puet icellui souverain tout rappeller et quicter, et il n’est prévost ne juge par deçà qui pour plourer ne pour prière que le condempné sceust faire, peust rappeller le jugement qu’il auroit fait contre lui. Or regardez doncques, belle seur, quelle comparoison est cy! Et encores est-ce pis, car quant un homs est condempné à mort par le souverain juge, puis qu’il ne rappelle sa sentence, c’est à entendre que la peine de sa mort est perpétuelle et pardurable, et quant il est condempné par un prévost, la peine de sa mort ne dure que un moment; dont, belle seur, n’est-il point de comparoison ne entre la puissance des juges, ne entre la peine des jugemens. Et pour ce vault-il mieulx, belle seur, plourer et avoir contriction et adrécier sa prière à cellui qui a puissance souveraine et absolue que à cellui qui n’a puissance fors que ordonnée et sur certaine forme qu’il ne peut passer. Car icellui juge souverain est cellui qui à la fin nous examinera et jugera. Et adonc, belle seur, quel compte lui rendrons-nous des biens de fortune et de nature qu’il nous a bailliés en garde et nous avons tout folement despendu et mis à nostre usaige et à nostre délit, sans en avoir riens baillié ne aumosné à lui ne aux souffreteux{v. 1, p.23} honteux et paciens qui pour l’amour et ou nom de lui nous en ont demandé? Se en ce cas il nous argue de larrecin, que nous l’avons en ce desrobé, que respondrons-nous? Item de nostre âme sa fille qu’il nous bailla saine et nette, sans tache et sans ordure, laquelle nous avons empoisonnée par les buvraiges du péché mortel, se il nous argue de murtre, en disant que nous avons tué sa fille que il nous avoit baillié en garde, quelle deffence arons-nous? Item de nostre cuer, nostre corps qui est le chastel dont il nous avoit baillié la garde et nous l’avons livré à son ennemy, c’est le Déable d’enfer, quelle excusacion arons-nous? Certes, belle seur, je ne voy mie que, se la benoite vierge Marie sa mère ne nous sequeurt comme advocate, que par le bon jugement d’icelui souverain juge nous ne soions pugnis et enchaînés au gibet d’enfer pardurablement comme larrons, comme murtriers et comme traictres, se les chaudes larmes de la contriction de nostre cuer ne chassent l’ennemy hors de nous en nostre présente vie; mais ce se puet ainsi légièrement faire comme l’eaue chaude chasse le chien de la cuisine.
Après la contriction vient la confession qui a six condicions, ou elle ne vault riens. La première condicion de confession est que la confession soit faicte sagement: c’est à dire sagement en deux manières, qui est à entendre que le pécheur ou pécheresse eslise confesseur saige et preudomme. Et donc le pécheur doit avoir exemple et regart à ce que toute créature malade convoite sa santé, et pour sa santé recouvrer et avoir, désire plus à trouver le meilleur phisicien que le moins bon. Et doit icellui pécheur avoir regard que, puis que créature doit désirer la santé du corps qui est estour{v. 1, p.24} lourgable[111] et trespassable, par plus forte raison doit-il curer[112] de la noble âme qui est ordonnée à recevoir le bien perpétuel ou le mal pardurable. Et pour ce doit eslire très bon, très saige et très excellent phisicien pour recouvrer tantost la santé de l’âme qui est bléciée et malade, car s’il en prent un à l’aventure qui ne lui sache donner le remède de sa garison, il s’ensuit mort. Et vous le véez par exemple, car quant un aveugle maine l’autre, ce n’est pas de merveille se ils chéent tous deux en une fosse; dont doit le pécheur ou pécheresse faire pourvéance d’un très saige et très clervoyant conseillier qui de tous ses péchiés lui sache donner remède et conseil et qui sache discerner entre l’un péchié et l’autre pour remède donner et que icellui confesseur ait toute sa pensée et son entente à oyr et concevoir ce que le pécheur lui dira, et aussi qu’il ait puissance d’absoldre. Et lors doit icellui pécheur estre avisé et avoir pensé par avant longuement et ententivement à tous ses péchiés, comme j’ay devant dit, pour savoir les tous dire et compter par ordre, et par membres et par poins les deviser à son confesseur et conseillier, et doit avoir douleur au cuer de ce qu’il fist le péchié et grant paour de la vengence de Nostre Seigneur, grant honte et grant repentence d’iceulx péchiés et avoir ferme espérance et voulenté certaine de soy amender et de jamais au péchié non retourner, mais les haïr comme venin, et avoir désir de voulentiers recevoir pour sa garison et santé recouvrer et faire joyeusement la pénitence que le confesseur lui vouldra enchargier.{v. 1, p.25}
La seconde condicion de confession est que si tost que l’en est cheu en péchié l’en s’en doit hastivement et tost confesser. Car tu ne scez quant Dieu te touldra la parole et la santé, et pour ce est-il bon que on s’en confesse souvent. Les truans le preuvent assez qui de jour en jour et de heure en heure monstrent leurs plaies aux bonnes gens pour avoir nouvelle aumosne; les bléciés monstrent de jour en jour leurs navreures aux mires pour avoir chascun jour hastif et nouveau remède de garison; aussi doit le pécheur tantost monstrer et descouvrir son péchié pour avoir nouveau remède et plus plénière miséricorde.
La tierce condicion de confession est que on se doit du tout entièrement confesser et tout descouvrir à une fois et convient monstrer et ouvrir au mire toute la plaie; il convient tout dire en très grant humilité et repentence et n’en riens oublier ne laissier derrière, et quelque gros morcel qui y soit, il convient qu’il passe oultre le neu de la gorge. Et se l’orgueilleux cuer du pécheur ne le veult endurer, face le signe de la croix devant sa bouche afin que l’ennemy qui lui estoupe les conduis de la parolle s’en aille; et adonc le pécheur se contraigne à dire l’ort péchié qui tue son âme, car s’il atent plus, il l’oubliera par son attente, et ainsi ne s’en confessera jamais et par ce demourra en tel péril que pour cause de ce péchié où il sera demouré et dont il ne luy aura souvenu il ne fera jamais bien qui ne lui soit estaint vers Dieu, s’il n’y met sa grâce. Regardez doncques quel pardon il pourra jamais impétrer par jeûnes, par aumosnes, ne par travail de pèlerinaiges qu’il face, quand il n’est confès entièrement? Regardez comment il qui n’est vray confès, comment osera-il recevoir son{v. 1, p.26} créateur, et s’il ne le reçoit, comment il se déçoit et en quel péril il se met? Par aventure il cele à celle fois icellui péchié cuidant s’en confesser une autre fois bien brief, et il ne regarde mie qu’il est en la puissance de Dieu de lui tollir la parole quant il lui plaira, ou de le faire morir soudainement quant il vouldra. Ores s’ainsi est, il sera dampné par sa négligence et au jour du jugement il ne sara sur ce que respondre.
La quarte condicion de confession est que l’en se doit ordonnéement confesser et dire ses péchiés par ordre et selon ce que la théologie les met, et doivent estre mis l’un après l’autre sans trehoigner[113] ne entreveschier[114], ne mettre le derrière devant, sans riens polir ne farder, sans lui deffendre et sans autruy accuser. Et doit le pécheur dire la condicion du péchié, comment il le pensa, quelle fut la cause et le mouvement de son penser, comment depuis il a pourchacié, fait, dit, ou fait faire, le temps, le lieu, pourquoy et comment il le fist: se le péchié qu’il fist est selon nature ou s’il est fait contre nature, s’il le fist sachamment ou ygnorament, et doit icellui pécheur dire tout ce qui par icellui, les circonstances et dépendances peut grever son âme.
La quinte condicion est que on doit confesser tous ses péchiés à une fois, et à un confesseur et non pas à plusieurs confesseurs. L’en ne doit pas partir ses péchiés en deux parties pour dire l’une partie à un confesseur et l’autre partie à un autre, car la confession ainsi malicieusement faite ne seroit pas valable, mais seriez{v. 1, p.27} plus grant pécheur en tant comme vous mectriez paine de enginier vostre confesseur qui représente la personne de Nostre Seigneur Jhesu-Crist.