La sixiesme condicion est que on se doit confesser dévotement, et très humblement avoir les yeulx vers la terre en signe de honte et de vergongne que l’en a de son péchié, et la pensée et le regart du cuer au ciel, car vous devez penser que vous parlez à Dieu et devez adrécier vostre cuer et vos parolles à lui, et à lui requérir pardon et miséricorde. Car c’est cellui qui voit tout le parfont de la voulenté de vostre cuer, ne le prestre n’y a fors que l’oreille.

Or avez-vous oy, chère seur, comment on se doit confesser; mais sachiez qu’il y a cinq choses qui empeschent confession; c’est assavoir: honte de confesser le péchié, mauvaise paour de faire grant pénitance, espérance de longuement vivre, et despérance de ce que l’en a si grant plaisir au péchié qu’on ne s’en puet partir ne repentir, et se pense-on que pour riens se confesseroit-on pour tantost rencheoir; et de ce c’est la mort.

Après la confession vient satisfacion que on doit faire selon l’arbitrage et le conseil du sage confesseur, qui se fait en trois manières; c’est assavoir en jeûne, en aumosne ou en oroison selon ce que vous orrez cy après.

Je avoie ci-devant dit que à vous confesser vous estoient nécessaires trois choses: c’est assavoir contriction, confession et satisfaction, ores vous ay-je monstré et enseigné de mon povoir qu’est contricion, et en après qu’est confession et comment elle se doit faire, et vous ay un petit touchié des cinq choses qui l’empeschent moult, auxquelles vous aurez regart et en{v. 1, p.28} aurez souvenance s’il vous plaist, quant temps et lieu sera; et au derrain vous ay monstré qu’est satisfacion. Or vous monstreray-je pour prendre vostre advis[115] en quoy vous povez avoir péchié; et prendrons premièrement les noms et les condicions des sept péchiés mortels qui sont telement mauvais que auques[116] tous les péchiés qui sont s’en dépendent, et les appelle-l’en mortels pour la mort à quoy l’âme est traicte quant l’ennemi peut le cuer embesongnier à l’ouvraige d’iceulx. Et aussi, pour vous d’ores-en-avant contregarder d’iceulx péchiés, vous monstreray et enseigneray les noms et la puissance des sept vertus qui sont contraires aux sept péchiés dessusdis et sont propres médicine et remède contre iceulx péchiés quant le péchié est jà advenu, et si contraires à iceulx péchiés que tantost que la vertu vient, le péchié s’enfuit du tout.

Et premièrement s’ensuivent les noms des vices desquels vous vous povez confesser se vous y avez erré, et les noms des vertus sont après, pour icelles vertus continuer par vous d’ores-en-avant:

Orgueil est le péchié, la vertu contraire estHumilité.
Envie est le péchié, la vertu contraire estAmitié.
Ire est le péchié, la vertu contraire estDébonnaireté.
Paresse est le péchié, la vertu contraire estDiligence.
Avarice est le péchié, la vertu contraire estLargesse.
Gloutonnie est le péchié, la vertu contraire estSobriété.
Luxure est le péchié, la vertu contraire estChasteté.[117]

Or avez-vous oy cydessus les noms des sept péchiés mortels et aussi des sept vertus qui donnent remède,{v. 1, p.29} or orrez-vous la condicion d’iceulx péchiés de l’un après l’autre et premièrement des sept péchiés, et à la fin d’iceulx trouverez les vertus qui aux péchiés sont contraires et les condicions d’icelles vertus.

Orgueil est la racine et commencement de tous autres péchiés. Le péchié d’orgueil a cinq branches. C’est assavoir: inobédience, jactence, ypocrisie, discorde et singularité.

Inobédience est la première branche, et par celle la personne pert Dieu et laisse ses commandemens et en désobéissant à Dieu elle fait la voulenté de la char, et acomplist ce que son cuer désire contre Dieu et contre raison; et tout ce vient d’orgueil.

La seconde branche qui vient d’orgueil est jactence; c’est quant la personne est haulsée et eslevée par orgueil ou des biens ou des maulx qu’elle a fais ou fait ou pourroit faire. Mais bien et mal, ces deux choses ne viennent pas de nous. Car le bien que créature fait vient de Dieu qui est bon et de sa grâce, et le mal vient de la mauvaise condicion de créature et de sa mauvaise nature, pour ce que elle se trait à la condicion de l’ennemy qui est mauvais. Et certes quant personne fait bien, pour ce qu’il vient de la bonne pourvéance de Dieu qui est bon, il en doit avoir l’onneur et la gloire, et la personne faisant bien en doit avoir le prouffit; et du mal nous devons haïr l’ennemy qui nous attrait et maine à ce par orgueil.