La quinte branche si est désespéracion; c’est une manière de péchié que Dieu het moult et quiconques est pris en ce péchié il est dampné si comme Judas qui en désespérance se pendit, car il cuidoit tant avoir fourfait envers Dieu que jamais ne peust impétrer de lui miséricorde, et quiconques meurt en ce péchié et n’a point d’espérance de la miséricorde de Dieu il pèche contre le Saint Esperit et contre la bonté de Dieu; et pour ce en nulle manière on ne doit cheoir en ce péchié de désespérance ne y demourer. Car se tu chiez et fais un très grand péchié comme d’ardre maisons et ardre les biens de saincte église par force qui est sacrilége, tu fais pis que tous les sept péchiés mortels, mais encores dis-je que la miséricorde de Dieu est plus grande à pardonner. Toutesvoies, se tu te veulx confesser et faire pénitence et à Dieu retourner, voire se tu avoies fait plus de maulx que langue ne pourroit dire, ne cuidier{v. 1, p.42}, ne cuer penser, si trouveroies-tu en lui miséricorde; et c’est la quinte branche de paresse.
La sixiesme branche si est présumpcion: c’est quant une personne est si oultrecuidiée et si orgueilleuse qu’elle croit que pour péchié qu’elle eust fait, ne pourroit faire, elle ne pourroit estre dampnée; et telles gens sont d’opinion telle qu’ils dient que Dieu ne les a pas fais pour estre dampnés. Et ils doivent savoir que Dieu ne seroit pas juste s’il donnoit paradis aussi bien à ceulx qui ne l’aroient point desservi que à ceulx qui l’aroient desservi. Ce ne seroit pas justement jugié que autant en emportast l’un que l’autre, car s’il estoit ainsi, l’en ne feroit jamais bien, puisque autel guerdon auroit cellui qui ne serviroit point Nostre Seigneur, comme cellui qui le serviroit. Certes ceulx qui ainsi le croient pechent contre la bonne justice de Dieu, contre sa bénignité et sa doulceur. Car combien qu’il soit plain de miséricorde, si comme j’ay dit devant, si est-il juste justicier, et chacun si est fait pour servir icelluy créateur et pour faire sa voulenté, et ainsi peut-l’en avoir et desservir le royaume de paradis et autrement non, car qui de son service faire est négligent et paresseux, il peche. Et pour ce, tu qui es paresseux te dois confesser des branches de paresse et dire ainsi. Sire, j’ay aussi erré en toutes les branches de paresse; par ma négligence ou service de Dieu ay esté lent, paresseux et négligent en la foy et curieusement pensé de l’aise de ma charongne, et ce que j’ay ouy de l’Escripture je ne l’ay pas retenu ne mis à oeuvre par ma paresse. Après, je n’ay pas rendu grâce à Dieu, si comme je deusse, des biens espirituels et temporels qu’il ma donnés et envoiés, et oultre je n’ay pas{v. 1, p.43} servi Dieu si comme je deusse, selon les grâces et les vertus qu’il m’a données. Je n’ay pas dit ne fait les biens que je peusse avoir dit ou fait et ay esté lent et paresseux ou service de Nostre Seigneur et ay servi et ay esté curieux ou service mondain, et aussi j’ay plus servi à moi et à ma char et y ay mis plus grant entente que ou service de mon doulx créateur. J’ay esté moult oyseux longuement, dont moult de maulx et mauvaises pensées et cogitacions me sont venues.
Après tu dois dire en toi confessant que quant on chantoit la messe, ou aucune heure, ou quant tu estoies en dévocion, ou en disant tes heures, tu estoies en vaine cogitacion et mauvaises pensées lesquelles ne te povoient proufiter, ains te nuisoient à ton sauvement. Et pour ce tu dois dire ainsi: Sire, et quand je apercevoie ces choses, je ne retournoie pas à Dieu ne me rapaisoie à lui si comme je deusse. Et oultre, Sire, quant l’en disoit et faisoit le service de Dieu je jengloie et disoie paroles oyseuses et de telles qui n’appartenoient pas de parler à l’église. Sire, j’ay dormi en l’église quant les autres prioient Dieu. Sire, aucune fois je ne me suis pas confessé quant ma conscience me remordoit et ramentevoit mon mal, et mesmement quant j’avois lieu et espace et temps convenable je ne me disposoie pas à ce, ains disoie en mon couraige, par ma paresse, tu le feras bien une autre fois ou une autre sepmaine, ou une autre journée, et par telles attentes et négligences je oublioie moult de péchiés; après par négligence et par paresse ay-je oublié à faire mes pénitences enjointes. Je n’ay pas monstré bon exemple à mes gens. Car par ma très déshonneste conversacion à qui ils prenoient garde pour ce que j’estoie leur souverain, je les{v. 1, p.44} mectoie en cause de péchier. Sire, et quand j’ay ouy mes gens jurer vilainement, je ne les ay pas reprins ne corrigiés, ains les ay escoutés et l’ay laissié passer par ma paresse. Après, Sire, quant je venoie à confesse je ne m’estoie point par avant advisée de mes péchiés que je devoie dire, ne n’y avoie point pensé; ains quant je me départoie de ma confession je me trouvoie plus plaine de péchiés que devant et de plus grans, et n’avoie point de diligence de retourner à mon confesseur, ains passoie ainsi le temps; et tout ce me faisoit paresse en quoy j’ay demouré et m’y suis tenu dont je me repens; et pour ce, chier père, je vous en requier pardon et pénitence.
Après le péchié de paresse est avarice. Avarice est soi estroitement tenir, escharcement despendre, avec volenté désordonnée et ardeur de acquérir les biens de ce monde à tort ou à droit, ne peut chaloir comment, et toutesvoies la raison de la personne scet bien se l’en fait ou bien ou mal. Certes avarice a moult d’escoliers, comme exécuteurs de testamens qui enrichissent et retiennent les biens des mors qui telle amour leur monstrèrent à leur fin qu’ils les esleurent comme les plus espéciaulx pour avoir la cure du remède de leur salut, et après leur mort ils mordent en leur char comme tirans et s’engraissent de leur sang et de leur substance: tels gens sont escoliers d’avarice. Aussi en sont mauvais seigneurs qui par grosses amendes tolent la substance de leurs povres subjets; hosteliers et marchans qui vendent leurs choses oultre le juste pris et ont faulx pois et faulses mesures; faulx plaideurs qui par plait et par barat font dégaster aux gens simples le leur et les tourmentent ès cours des grans seigneurs{v. 1, p.45} tellement et si longuement qu’ils ont d’eulx leur désir comment qu’il soit. Avarice, comme dit est, est née de paresse; quant une personne est paresseuse et négligente de faire ou ouvrer ce qui est de nécessité pour son corps soustenir et ce qui lui est proufitable et par icelle paresse il laisse et pert à acquérir sa substance, pour refournir sa faculté[141] lui vient convoitise de rapine et voulenté de retenir l’autruy injustement et sans raison. Se tu es riche et puissant et tu as assez et largement et te doubtes que ton avoir ne te doie faillir et pour ce tu ne donnes quant il est temps et nécessité aux povres, ou quant tu ne rens ce que tu as de l’autruy, soit par emprunt ou autrement, mauvaisement acquis, tu peches en avarice.
Avarice a sept branches: la première si est larrecin, la seconde rapine, la tierce fraude, la quarte décepcion, la quinte usure, la sixiesme hazart et la septiesme simonie.
Larrecin est quant une personne injustement et de nuit prent aucune chose sans le sceu et contre la voulenté de cellui à qui la chose est; et c’est la première branche d’avarice.
La seconde branche d’avarice si est rapine; c’est quant une personne ravit aucune chose de l’autruy, et quant il l’a, il ne la veult rendre ou envoier à cellui à qui elle doit estre, ains par avarice le retient et recelle pour ce qu’elle lui plaist, et s’il l’oït demander par aventure, si ne la veult-il enseignier, ains la recelle et la muce que nul ne la puisse trouver.
La tierce branche d’avarice si est fraude: c’est quant une personne, par décepcion, par barat ou frauduleusement{v. 1, p.46} en l’achat ou vente d’une chose dit mensonges à la personne de qui elle veult acheter ou vendre, en lui faisant faulx entendre et que la chose vaille mieulx ou plus qu’elle ne fait.
La quarte branche d’avarice si est décepcion: c’est à dire quant une personne monstre par dehors à aucun chose de belle apparence et le mal n’appert mie et il le laisse et ne le dit mie et dit et afferme et jure que la chose est bonne et vraie, et il scet bien qu’il n’est pas ainsi. Et ainsi font faulx marchans qui mectent le plus bel et le meilleur dessus et le pire dessoubs et jurent que tout est bon et loyal, et ainsi est décepcion, car ils déçoivent les gens et font faulx seremens.
La quinte branche d’avarice si est usure: c’est à dire quant une personne preste son argent pour en avoir plus grant somme pour la longue tenue, ou vent son blé ou son vin plus chier par ce qu’il donne long terme, et ainsi de toutes autres marchandises desquelles je me passe quant à présent, car c’est moult longue chose que de usure et moult mauvaise.