La tierce branche est murmuracion: c’est à dire que le cuer murmure de ce que plus grant maistre de lui lui commande, ou que on ne lui dit ou de ce que on ne lui fait pas ainsi comme aux autres, ou elle n’en ose parler.
La quarte branche d’envie si est détraction: c’est à dire quant une personne dit mal et parle en derrière et dit ce qu’il scet de lui et ce qu’il ne scet pas, et qu’il contreuve et pense comment il pourra dire chose par quoy il pourra nuire et grever celluy de qui il parle, et quant il oit mal dire de cellui, il aide à son povoir de le accroistre et exaulcer, et de ce parle moult griefment quant il voit son point, pour ce qu’il scet qu’il ne le peut en nulle manière plus dommagier et scet qu’il ne lui peut restituer sa bonne renommée qu’il luy oste, et ainsi lui mesmes se met à mort.
La quinte branche si est d’avoir joie du mal d’autruy ou de son empeschement et destruire à son povoir le bien quand il scet qu’il doit venir à autruy, et de ce bien il est triste et dolent. Et de toutes ces choses tu dois dire en ta confession: Sire, en toutes ces choses que j’ay cy devant nommées j’ay moult grandement péchié; car, de mon cuer je l’ay pensé, et de mon mauvais couraige je l’ay fait, et de ma faulse bouche je l’ay dit et semé partout où j’ai peu, et se je ay bien dit{v. 1, p.38} de lui ou d’un autre, je l’ay dit faintement et par faintise, et toutesvoies m’en suis-je mocqué; voire et de ceulx de qui je deusse le bien et l’onneur garder et le peusse bien avoir fait se je voulsisse, je l’ay trestourné et converti à mal; et, quant je véoie qui mal en disoit je me mectoie et aloie avec, et me consentoie au mal dire et affermer à mon povoir du cuer, de la bouche et du corps. Et tout, chier père, ay-je fait par mon envie et m’en repens, si vous en requier pardon.
Après envie vient le péchié d’ire qui descent d’envie. Ou péchié d’ire a cinq branches, c’est assavoir: haine, contencion, présumpcion, indignacion et juracion. Haine est quant aucune personne ne puet mectre autruy en sa subjection ou qu’elle ne puet commander et suppéditer cellui qu’elle vouldroit bien comme plus grant de lui et en vouldroit avoir la seignourie et la subjection, elle en est dolente et courroucée et en a le cuer enflé. C’est la première branche d’ire. La seconde branche d’ire si est quant en parlant la personne a le cuer enflé à mal faire et dire et quant elle parle laidement et désordonnéement par ire contre aucun autre. La tierce branche de ire si est quant par parler meslées et batailles viennent et dissencions, et lors la personne doit penser se aucuns de son costé ou d’autre ont esté grevés de chevance ou de corps par ses paroles; car en ce cas seroit la personne cause de tout le mal qui seroit advenu. La quarte branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu Dieu par jurer. La quinte branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu et fait esmouvoir les autres à courroux, et de ce tu te dois confesser ainsi: Sire, j’ay le nom de Dieu parjuré par mon ire, et de Dieu mauvaisement parlé et de la benoite{v. 1, p.39} vierge Marie sa doulce mère et de tous les Sains de paradis; j’ay eu indignacion contre autres personnes, et par mon ire leur ay véé[139] ma parole; monseigneur mon père et madame ma mère ay par mon ire courrouciés et despiteusement à eulx parlé et par ire les ay mal regardés et désiré la fin de leurs jours; aux povres ay moult despiteusement parlé et par mon ire les ay appellé truans. Sire, j’ay par mon ire esmeu plusieurs à jurer moult vilainement et de moult vilains sermens; mes serviteurs et moult d’autres ay-je fait esmouvoir à courroux et les ay esmeus à mal faire. Et ay moult de fois pensé à moy vengier de ceulx que je hayoie et voulentiers les meisse à mal quant je les avoie à contrecuer se je peusse. Grant pièce et long temps ay-je esté en haine, dont je me repens, et pour ce, chier père, je vous en requier pardon et pénitence.
Après si est le péchié de paresse qui est le quart péchié mortel duquel si naist et descent oysiveté qui est lait blasme et laide tache en personne qui vueille estre bonne. Car il est dit en l’Euvangille que au jour du jugement toute personne oyseuse aura à rendre compte du temps qu’elle aura perdu par son oysiveté. Or est grant merveille quelle défense les oyseux auront, quant devant Dieu ils seront accusés. En un autre lieu en L’Euvangille il est dit que la vie du corps oyseux est ennemi mortel à l’âme et monseigneur saint Jérosme dit ceste auctorité: fay toujours aucune chose afin que l’ennemy ne te treuve oyseux; car il est coustumier de ceulx qui sont oyseux mectre en ses euvres et en ses besongnes. Et monseigneur saint Augustin dit ou livre de l’Euvre des moines que nulle personne puissant{v. 1, p.40} de labourer ne doit estre oyseux. Ce seroit trop longue chose de réciter les dis de tous les saiges hommes qui blasment oysiveté et paresse.
Le péchié de paresse a six branches. La première branche si est négligence, la seconde rancune, la tierce charnalité, la quarte vanité en cuer, la quinte branche désespéracion, la sixiesme est présumpcion.
Négligence c’est quand l’en aime et craint si peu Dieu et en souvient si peu que parce que on n’en tient ainsi comme nul compte, l’en ne fait nul bien pour lui ne pour son amour, et de ce faire est-l’en paresseux et négligent et l’en n’est mie paresseux de quérir son plaisir et ses aises. Certes c’est grant péchié que d’estre paresseux de bien faire. Car il est trouvé en l’Escripture que se une personne n’avoit onques péchié, ne jamais ne péchast, et elle ne feist aucun bien mais laissast ainsi passer le temps, elle pourroit aller en enfer; et ceste première branche de négligence naist de paresse.
La seconde branche si est quant une personne a rancune en son cuer contre un autre, et pour la mauvaise voulenté qu’elle a à luy, s’applique à vengence et en ce s’endort et crout[140], et en délaisse à faire ses pénitences, ses aumosnes et autres biens. Car tousjours ceste personne rancuneuse pense à grever celluy qu’elle het, et de jour et de nuit y met toute sa pensée; ainsi délaisse à faire le bien qu’elle doit, et c’est la seconde branche qui est en paresse.
La tierce branche de paresse si est charnalité. Charnalité si est quant l’en quiert le désir de la char, comme dormir en bons lits, reposer longuement, gésir grandes matinées, et au matin quant l’en est bien aise en son lit{v. 1, p.41} et l’en oit sonner la messe, l’en n’en tient compte et se tourne-l’en de l’autre costé pour rendormir, et telles gens lâches et vaines ont plus chier perdre quatre messes que une sueur ou un somme; et c’est la tierce branche de paresse.
La quarte branche de paresse si est vanité: c’est à dire quant une personne scet bien qu’elle est en péchié et elle est de si vain cuer qu’elle ne se peut ou ne vuelt ou ne daigne retourner à Dieu par confession et par dévocion, ains pense et promet tousjours à lui-mesme de amender sa vie de jour en autre, et si ne se corrige point, ains est paresseux et négligent de soi retourner et ainsi ne lui chault de faire aucun bien et les commandemens de Dieu, si comme bonne personne le doit faire et garder; et c’est la quarte branche de paresse.