Ce mesmes est-il des bestes champestres; vous le véez d’un mouton, d’un aignel, qui suivent et sont privés de leurs maistres et maistresses et les suivent et sont privés d’eulx et non d’autres; et autel est-il des bestes sauvaiges, comme d’un sanglier, un cerf, une biche, qui ont nature sauvage, suivent et se tiennent joingnans et près de leurs maistres et maistresses et laissent tous autres. Item, autel est-il des bestes mesmes sauvaiges qui sont dévourans et ravissables, comme loups, lyons, léopars et les semblables, qui sont bestes farouches, fières, cruelles, dévourans et ravissables; si suivent-ils, servent et sont privés de ceulx avecques qui ils prennent leur nourriture et qui les aiment, et sont estranges des autres.

Ores avez-vous veu moult de divers et estranges exemples dont les derrains sont vrais et visibles à l’ueil{v. 1, p.96} par lesquels exemples vous véez que les oiseaulx du ciel et les bestes privées et sauvages et mesmes les bestes ravissables ont ce sens de parfaictement amer et estre privées de leurs patrons et bienfaisans et estranges des autres; doncques, par meilleure et plus forte raison, les femmes à qui Dieu a donné sens naturel, et sont raisonnables, doivent avoir à leurs maris parfaicte et solemnelle amour, et pour ce je vous prye que vous soyez très amoureuse et très privée de vostre mary qui sera.

LE SIXIÈME ARTICLE.

Le sixiesme article de la première distinction dit que vous soiez humble et obéissant à celluy qui sera vostre mary, lequel article contient en soy quatre membres.

Le premier membre dit que vous soiez obéissant: qui est entendu à lui, et à ses commandemens quels qu’ils soient, supposé que les commandemens soient fais à certes[207] ou par jeu, ou que les commandemens soient fais d’aucunes choses estranges à faire, ou que les commandemens soient fais sur choses de petit pris ou de grant pris; car toutes choses vous doivent estre de grant pris, puis que cellui qui sera vostre mary le vous aura commandé. Le deuxiesme membre ou particularité est à entendre que se vous avez aucunes besongnes à faire dont vous n’ayez point parlé à celluy qui sera vostre mary, ne il ne s’en est point advisé, et pour ce il n’en a riens commandé ne deffendu, se la besongne est hastive et qu’il la conviengne faire avant{v. 1, p.97} que celluy qui sera vostre mary le sache, se vous avez plaisir de la faire en aucune manière, et vous sentez que celluy qui sera vostre mary eust plaisir de la faire en une autre manière, faictes avant[208] au plaisir de celluy qui sera vostre mary que au vostre, car son plaisir doit précéder le vostre.

La troisiesme particularité est à entendre que se celluy qui sera vostre mary vous deffendra aucune chose, supposé que sa deffense soit faicte à jeu ou à certes, ou que sa deffense soit faicte sur chose de petit pris ou de grant value, gardez que aucunement vous ne faciez contre sa deffense.

La quarte particularité est que vous ne soyez arrogant ne répliquant contre celluy qui sera vostre mary ne contre ses dis, et ne dictes contre sa parole, mesmement[209] devant les gens.

En reprenant le premier point des quatre particularités qui dit que vous soyez humble à vostre mary et à luy obéissant, etc., l’Escripture le commande Ad Ephesios Vº où il est dit: Mulieres viris suis subdite sint sicut domino, quoniam vir caput est mulieris, sicut Christus caput est Ecclesie. C’est à dire que le commandement de Dieu est que les femmes soient subjectes à leurs maris comme à seigneurs, car le mary est aussi bien chief de la femme comme nostre Seigneur Jhésu-Crist est chief de l’Église. Doncques il s’ensuit que ainsi comme l’Église est subjecte et obéissant aux commandemens grans et petis de Jhésu-Crist, comme à son chief, tout ainsi les femmes doivent estre subjectes à leurs maris comme à leur chief et obéir à eulx et à{v. 1, p.98} leurs commandemens grans et petis. Et ainsi le commanda nostre Seigneur, si comme dit saint Jhérosme, et aussi le dit le Décret[210], XXXIIIe Questione, quinto capitulo: Cum caput. Et pour ce dit l’apostre quant il escript aux Hébrieux, ou XIIIe chappitre: Obedite prepositis vestris et subjacete eis, etc. C’est à dire obéissez à vos souverains et soyez en bonne subjection vers eulx. Encores vous est-il assez monstré que c’est sentence de nostre Seigneur par ce que dit est par avant, que femme doit estre subjecte à homme. Car il est dit que quant au commencement du monde Adam fut fait, nostre Seigneur par sa bouche et parole dist: Faisons-luy aide. Et lors de la coste de Adam fist la femme comme aide et subjecte et ainsi en use-l’en, et c’est raison. Et pour ce, se doit bien femme adviser de quelle condition est cellui qu’elle prendra, avant qu’elle le preigne. Car, ainsi comme dit un povre homs Rommain qui sans son sceu ou pourchas fut par les Rommains esleu à estre empereur, quant l’en luy apporta le faudesteul[211] et la couronne il fut tout esbahy; l’une de ses premières paroles fut qu’il dist au peuple: Prenez vous tous garde que vous faictes ou avez fait, car s’il est ainsi que vous m’ayez esleu et je soye demouré empereur, sachez de certain que de là en avant mes paroles seront tranchans comme rasouers de nouvel esmolus. C’estoit à dire que quiconques n’obéiroit à ses défenses ou commandemens, puis qu’il seroit ou estoit fait empereur, c’estoit sur peine de perdre la teste.

Ainsi, garde soy une femme comment ne à qui elle{v. 1, p.99} sera mariée, car quiconques, povre ou petit qu’il ait esté par avant, toutesvoies pour le temps à venir depuis le mariage, doit-il estre et est souverain et qui peut tout multiplier ou tout descroistre. Et pour ce vous devez plus en mary penser à la condition que à l’avoir[212], car vous ne le pourrez après changer, et quant vous l’aurez prins, si le tenez à amour et amez et obéissez humblement, comme fist Sarre dont il est parlé en l’article précédent. Car plusieurs femmes ont gaignié par leur obéissance et sont venues à grant honneur, et autres femmes par leur désobéissance ont esté reculées et désavancées.

A ce propos d’obéissance, et dont il vient bien à la femme qui est obéissant à son mary, puis-je traire un exemple qui fut jà pieçà translaté par maistre François Pétrac[213] qui à Romme fut couronné poëte, lequel histoire dit ainsi: