TRAITÉ
DE MORALE ET D’ÉCONOMIE DOMESTIQUE
COMPOSÉ VERS 1393,
PAR UN BOURGEOIS PARISIEN,
CONTENANT
Des préceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions
sur l’art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation
du Roi, des Princes et de la ville de Paris, à la fin du quatorzième siècle, des conseils
sur le jardinage et sur le choix des chevaux; un traité de cuisine fort étendu,
et un autre non moins complet sur la chasse à l’épervier.
ENSEMBLE:
L’histoire de Grisélidis, Mellibée et Prudence par Albertan de Brescia (1246),
traduit par frère Renault de Louens; et le chemin de Povreté et de Richesse,
poëme composé, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Châtelet de Paris;
PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS
PAR LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS.
TOME SECOND.

A P A R I S,
DE L’IMPRIMERIE DE CRAPELET,
RUE DE VAUGIRARD, 9.
M. D. CCC. XLVI.

{v. 2, p.1}

LE MÉNAGIER
DE PARIS.

LE PREMIER ARTICLE
DE LA SECONDE DISTINCTION,
LEQUEL DOIT PARLER D’AVOIR SOIN DE SON MESNAGE.

ELLE seur, sachiez que je suis en grant mélancolie ou de cy finer mon livre ou d’en faire plus, pour ce que je doubte que je ne vous ennuye, car je vous pourroie bien tant chargier que vous auriez cause de moy tenir pour oultrageux et que mon conseil vous donroit charge en si grant nombre de faix et si gréveux que vous désespéreriez de trop{v. 2, p.2} grant fardel pour ce qu’il vous sembleroit que vous ne le pourriez tout porter ne acomplir, dont je seroie honteux et courroucié. Et pour ce je vueil ycy penser et adviser que je ne vous charge trop et que je ne vous conseille à entreprendre fors les choses très neccessaires et honnorables, et encores sur le moins que je pourray, afin que vous soiez en icelles choses nécessaires plus fondée et mieulx faisant et par conséquent plus honnorée en vos dis et en vos fais, car je sçay que vous ne povez ne que une autre femme, et pour icelle cause je vueil premièrement adviser combien je vous ay chargée, et se c’est du plus nécessaire, et se je vous doy plus chargier, et de combien. Et se plus y a à faire que vous ne pourriez, je vous vueil donner aide; et sur ce je recueil mes commencemens.

Premièrement, je vous ay admonnestée à louer Dieu à vostre esveillier et à vostre lever, et à vostre aler au moustier vous contenir, illec oïr messe, vous confesser et vous mettre et tenir en l’amour et grâce de Dieu. Par m’âme, il est nécessaire à vous, ne nul autre que vostre personne n’y peut estre commise[360]. Et après ce, je vous ay conseillié que vous soiez continent et chaste, aimer vostre mary, luy obéir, penser de garder ses secrets, le savoir retraire se il folie ou veult folier; et certes encores est cecy neccessaire et très honnourable pour vous et à vous seule appartient et n’est point trop chargé; vous le povez bien faire moyennant la doctrine dessus dicte qui vous fera grant avantage: les autres femmes ne l’eurent oncques tel.