—Rien. Mon père est mort sous un buisson, loin d'ici; ma mère est morte aussi. Comment suis-je venue a Londres? je n'en sais rien. Comment ai-je vécu? je n'en sais rien non plus; ce que je sais, c'est que je voudrais bien être au fond de la Tamise, car alors je n'aurais plus ni froid ni faim.

—Mon enfant, dit la marchande, et ce mot, prononcé avec une indicible bonté, fit monter les larmes aux yeux de la pauvre Jane, mon enfant, voulez-vous que je vous conduise dans une maison où vous n'aurez plus ni faim ni froid et où vous apprendrez à servir le bon Dieu?

—Ni faim ni froid? répéta Jane; ce sera donc le paradis?

—Non, mais le chemin qui y conduit.

La marchande fit entrer dans sa boutique la pauvre fille, lui donna à souper, la revêtit d'une robe neuve; bientôt Jane dormait dans un lit sous ce toit hospitalier où le Père céleste l'avait amenée.

Quelque temps après, une des orphelines de la maison du Bon Pasteur, de Londres, recevait le baptême. Sa joie, sa ferveur attendrissaient l'assemblée; cette heureuse néophyte était la pauvre Jane, qui avait pour marraine la bonne marchande, l'instrument des miséricordes du Seigneur.

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46.—UN COUP DE FILET DE LA SAINTE VIERGE.