En se rendant à l'une de nos stations thermales, un officier supérieur causait avec un compagnon de voyage:—Si nous nous arrêtions à Lourdes? lui dit ce dernier. —Pourquoi donc?—Nous y trouverions le pèlerinage national. —Voilà cinquante ans que je n'ai pas mis les pieds dans une église!...—Qu'à cela ne tienne, tout se passe en plein air.—Alors, c'est différent.
Ils s'arrêtèrent a Lourdes; ils virent les ardentes prières des pèlerins. Elles étonnèrent d'abord, subjuguèrent ensuite cette âme droite et loyale: l'officier pria avec les autres, aussi longtemps que les autres.
—Il fait chaud, lui dit son compagnon; si nous buvions un verre d'eau de la grotte?—Volontiers; ce prêtre-là m'a rendu tout rêveur...
Il rêva, il pria, il monta jusqu'à la crypte, il en redescendit priant et heureux.—Si vous voulez aller aux eaux, dit-il à son compagnon, allez-y; moi, j'ai trouvé les miennes.
47.—UNE CONVERSION EN MER.
Le héros de cette histoire a rapporté lui-même dans la lettre suivante la grâce signalée dont il a été l'objet.
«Après avoir failli périr avec mon navire, sur la barre de Bayonne pendant l'été dernier, je me rendais de Livourne à Dunkerque et Rouen, lorsque le 28 décembre, au matin, je fus obligé de mouiller devant Malaga, ne pouvant y entrer. Bientôt le temps devint affreux, et, dès huit heures du matin, toute la population massée sur les quais, malgré une pluie torrentielle, nous regardant chasser sur les ancres, nous faisait comprendre quel péril nous menaçait. Le pavillon fut mis en berne, mais en vain: ni remorqueur, ni pilotes, pas même la canonnière de l'État n'osaient se risquer à nous secourir; Dieu seul pouvait nous sauver. Impossible de se jeter à la mer: nous aurions été brisés sur les rochers de la jetée en construction ou contre les récifs de la côte.