Mme L, l'aperçut enfin, un jour, amaigrie et toute en larmes; son père, qui manquait d'ouvrage et par conséquent de pain, l'envoyait mendier dans la rue. Elle l'emmena chez elle et lui fit raconter son histoire, histoire bien simple et bien touchante, imprimée dans son jeune coeur.

«Maman était très bonne; soir et matin, elle me faisait dire Notre Père et Je vous salue, Marie... Mon père était bon, lui aussi, alors; mais depuis qu'ils ont emporté maman à Loyasse, il est devenu triste, s'est mis à lire de grandes feuilles et ne parle plus de Dieu ou des riches qu'en se fâchant bien fort.»

Ce récit fut un trait de lumière pour Mme L. Elle fit promettre à la chère petite de dire, tous les jours, une fois, «Notre Père,» et dix fois, «Je vous salue, Marie...» pour obtenir que son père devînt très heureux, et la renvoya munie d'abondantes provisions.

Un mois après, l'enfant revint chez sa bienfaitrice, mais, cette fois, avec un visage tout joyeux: «Madame, dit-elle, papa voudrait bien vous voir; seulement il n'ose pas venir...»

La difficulté fut vite tranchée; Mme L... accourut à la mansarde, et y trouva l'ouvrier. Si l'aspect du pauvre réduit était le même, on lisait sur le visage du malheureux père l'expression humble et douce du changement opéré dans son âme.

«Madame, dit-il avec respect, je ne sais comment cela est arrivé, mais je ne peux plus me reconnaître... En entendant la petite réciter tant de fois son Notre Père et son Je vous salue, je me suis d'abord impatienté, parce qu'elle le répétait trop... Puis j'ai fini par le dire machinalement avec elle, en me rappelant que ma pauvre femme le disait aussi... Alors, j'ai pleuré, j'ai senti le regret de ma mauvaise vie, et je me suis reproché mon insolence envers la dame qui a été si bonne pour nous... C'est pourquoi je voulais la voir, pour lui demander pardon.»

Ce pardon fut accordé sans peine, et Dieu, après avoir purifié, soulagé la misère de l'âme et du corps, par l'entremise de sa généreuse servante, sauva aussi par elle le père et l'enfant.

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