52.—LE SOUVENIR DE LA PREMIÈRE COMMUNION.
Mous devons à un homme du monde le récit suivant, qui contient plus d'une instruction utile et fournit un nouvel exemple des ineffables tendresses de la miséricorde divine.
J'étais à Paris en 1841, et je faisais partie d'une Conférence de Saint-Vincent-de-Paul. Quelques-uns des jeunes gens qui la composaient avaient la pieuse habitude de visiter une ou deux fois par semaine les pauvres malades des hôpitaux du quartier.
L'hôpital Necker, dans la rue de Sèvres, m'était échu en partage. Je commençais toujours mes visites par la chapelle, et j'allais demander au Seigneur de bénir l'oeuvre que, pour l'amour de lui, je venais accomplir, d'accompagner de sa bénédiction les paroles, les conseils que j'allais donner à mes malades; et quand j'avais fini ma tournée dans les salles, je venais encore en déposer le succès aux pieds de ce bon Maître.
Je fus obligé de quitter Paris au printemps, et je me rappellerai toujours le trait touchant dont j'ai été le témoin à ma dernière visite aux malades de Necker.
La salle que je devais visiter ce jour-là était confiée aux soins d'une Soeur de Charité vieillie dans cet admirable métier, et non moins infatigable pour soulager les souffrances de ses malades que zélée pour le salut de leurs âmes. En arrivant, j'allai, selon mon habitude, prendre les ordres de cette bonne Soeur. Elle me recommanda spécialement six ou sept malades: l'un, Étienne, nouvel arrivé, et encore inconnu d'elle; l'autre, comme moribond, ayant besoin d'être fortifié et consolé; un autre comme ébranlé déjà, et prêt à se convertir, etc.
«Et puis, ajoute-t-elle, allez donc au n° 39; c'est un homme de trente-deux ou trente-trois ans, poitrinaire au dernier degré, qui sera mort dans trois jours. J'ai eu beau faire, je n'ai pu rien en tirer; il m'a envoyée promener trois ou quatre fois, et n'a jusqu'ici reçu M. l'aumônier qu'avec des paroles grossières. Un de vos confrères de Saint-Vincent-de-Paul, qui l'a déjà visité plusieurs fois, n'a pas mieux réussi que nous. Il est probable qu'il vous enverra promener aussi; mais enfin il ne faut rien épargner. Il s'agit ici de la gloire de Dieu et d'une pauvre âme à sauver.
—«Eh! mon Dieu, ma bonne Soeur, répondis-je, s'il m'envoie promener, j'irai me promener, voilà tout; cela ne me fera pas grand mal. Dites seulement pour ce pauvre homme un Ave Maria pendant que j'irai lui parler.»
Je fis ma visite; et de lit en lit j'arrivai à mon n° 39. Je fus tout saisi en le voyant. La mort était peinte sur son visage. Trois ou quatre coussins le soutenaient assis sur son lit; sa face était hâve et d'un blanc jaunâtre, et son affreuse maigreur donnait à ses yeux noirs une apparence étrange...
Je m'approchai de son lit. Il me regarda fixement sans rien dire.