Je lui demandai de ses nouvelles: «La soeur m'a appris, mon pauvre ami, que vous souffriez beaucoup, et qu'il y avait bien longtemps déjà que vous étiez malade.»

Pas de réponse; seulement le regard de mon homme devenait de plus en plus dur, et il semblait me dire: «Je n'ai que faire de vos condoléances; donnez-moi la paix.» Je fis semblant de ne pas m'en apercevoir: «Souffrez-vous beaucoup en ce moment, et pourrais-je vous soulager en quelque manière?»

Pas un mot.

«Que voulez-vous, mon pauvre enfant! il faut faire de nécessité vertu, et offrir vos souffrances au bon Dieu en expiation de vos fautes; comme cela du moins elles vous seront utiles.»

Toujours même silence et même accueil. La position commençait à devenir embarrassante. L'oeil du malade était de plus en plus menaçant, et je voyais le moment où il allait me dire quelque injure... La Providence de Dieu m'envoya tout à coup une inspiration. Je me rapprochai vivement du malheureux, et je lui dis à demi-voix: «Avez-vous fait une bonne première communion?»

Cette parole produisit sur lui l'effet d'une commotion électrique. Il fit un léger mouvement; sa figure changea d'expression, et il murmura plutôt qu'il ne dit: «Oui, Monsieur.»

—Eh bien! repris-je, mon ami, n'étiez-vous pas heureux dans ce temps-la?—Oui, Monsieur, me répondit-il d'une voix émue; et au même instant je vis deux grosses larmes couler sur ses joues. Je lui pris les mains.—Et pourquoi étiez-vous heureux alors, sinon parce que vous étiez pur, chaste, aimant et craignant Dieu, en un mot, bon chrétien? Mais ce bonheur peut revenir encore, et le bon Dieu n'a pas changé! Il continuait à pleurer: N'est-ce pas, ajoutai-je, que vous voulez bien vous confesser?

—Oui, Monsieur, dit-il alors avec force; et il s'avança vers moi pour m'embrasser. Je le fis de grand coeur, comme vous pouvez penser, et je lui donnai quelques petits conseils pour faciliter l'exécution de son bon dessein. Je le quittai ensuite, et j'annonçai à la Soeur le succès inespéré de ma visite. Je ne sais ce qui s'ensuivit; mais ce qui m'est resté profondément gravé dans l'esprit ou plutôt dans le coeur, c'est la force merveilleuse de la miséricorde de Dieu, qui changea en un instant, et à l'aide d'une seule parole, ce coeur si endurci!

Le seul souvenir de sa première communion suffit pour convertir et probablement pour sauver ce pauvre malade, heureux de l'avoir bien faite; car s'il eût accompli, comme plusieurs, hélas! avec négligence, ce grand acte de la vie chrétienne, le souvenir que je lui en rappelai n'eût fait sans doute sur son coeur qu'une impression insignifiante!...

Ainsi le bien produit le bien, et avec Dieu rien ne demeure perdu.