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53.—L'ORPHELINE ET LE VÉTÉRAN.

Une pauvre orpheline avait été recueillie par un vieux soldat qu'elle nommait son père. D'une piété simple, mais sérieuse, elle s'était attiré une telle estime, qu'il y avait autour d'elle comme une auréole de vénération. Le vieux soldat lui-même s'était laissé prendre à son influence. Il appelait sa petite orpheline, sa petite sainte. Jamais il ne fumait devant elle, il jurait encore moins.

La pieuse enfant était arrivée à faire prier son père adoptif, ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps.

Un jour qu'il passait devant l'église du village, je ne sais quelle inspiration secrète le pousse à y entrer. Il va s'agenouiller dans un coin et commence son signe de croix. Mais tout à coup il s'arrête, ses yeux ont rencontré une enfant qui, recueillie au pied de l'autel, les mains jointes, paraît comme dans une extase. Il regarde, il reconnaît sa fille. La pensée lui vient aussitôt qu'elle demande à Dieu sa conversion; elle lui a dit tant de fois que c'était là l'unique objet de toutes ses prières. Une larme monte de son coeur à ses yeux et coule le long de ses joues sur sa vieille figure cicatrisée. Cette larme est efficace et décide de son retour à Dieu.

Quelque temps après, aux Pâques, le vieux militaire pleinement converti, bien heureux, communiait à côté de sa petite fille. Et, comme, au sortir de l'église, quelques-uns de ses vieux camarades le regardaient étonnés: «Vous ne vous attendiez pas à cela, leur dit-il, mais que voulez-vous? Je ne puis résister à la petite sainte, elle convertirait le démon lui-même, si le démon pouvait être converti.»

Voilà l'influence de la vraie piété. Puisse-t-elle devenir le partage de tous ceux qui liront ce petit livre! En même temps qu'elle assurera leur propre salut, elle les aidera merveilleusement à travailler au salut des autres!