—Comme ils vont être cruellement déçus, demain matin! pensait Annette avec angoisse. Mon coeur se fend de chagrin.

Ce ne fut point sans peine que l'on décida les petits à aller se coucher: ils restaient là, bouche béante, devant le tuyau de la cheminée qui subit vingt fois leur inspection. Ils auraient volontiers passé la nuit à attendre le petit Jésus.

Couchés sur leurs pauvres matelas, la discussion ne cessa point. Ils firent des projets, des échanges; ils jasèrent, se disputèrent.

Quand le silence se fut établi, Annette dit a Baptiste:

—Je n'ai rien à leur donner: ma bourse est à sec. Pauvres petits!

Annette et Baptiste pleurèrent en voyant l'étalage des chaussures des enfants.

Tout à coup, sans dire un mot, Baptiste se leva et sortit... Il passa devant les magasins étincelants de lumière, s'arrêta aux splendides étalages.

—Passons, dit-il, je suis trop pauvre pour entrer là. Il porta ses pas du côté des petites boutiques en planches, échelonnées le long des boulevards et bourrées de jouets. Avisant une boutique a treize sous, il entra, et s'approchant du patron, il lui dit à l'oreille:

—Je suis un brave ouvrier, j'ai quatre enfants; une grande dame nous protège (cet aveu lui coûtait les yeux de la tête): je voudrais bien avoir, à crédit, quelque objet à bon marché. Monsieur, vous pouvez voir... je demeure à...

Le patron ne le laissa pas achever.