Noël arriva... Depuis quinze jours, la machine à coudre ne cessait de faire entendre ses tics-tacs. C'était à ne pouvoir dormir, durant la nuit entière, dans la maison.
—Qu'avez-vous donc à travailler ainsi, Annette? demandaient les voisines. Nous allons vous conduire au Père-Lachaise[3], bien sûr! si vous continuez à vous fatiguer ainsi.
Note 3:[ (retour) ]Cimetière bien connu, le principal de la Capitale.
—C'est que voici bientôt Noël, et je ne veux pas voir pleurer mes enfants comme l'an passé. Ils ont eu les mains vides pendant que les autres avaient les mains pleines de jouets et de bonbons: cela m'a fendu le coeur et je leur ai promis que le Noël de cette année les dédommagerait.
Je travaille pour tenir parole.
L'homme propose et Dieu dispose. Notre Annette travailla avec tant de précipitation qu'un beau soir sa machine à coudre cassa.
Plus de travail, plus de pain. Adieu les cadeaux de Noël! Ô malheur! les enfants allaient pleurer...
L'ouvrière fit contre mauvaise fortune bon coeur: elle porta vite son gagne-pain à la réparation; mais on la fit attendre et on lui fit payer quinze francs! hélas!
—Quel guignon d'être malheureuse! murmurait la pauvre mère en pleurant.
Ce Noël allait être, bien certainement, encore plus triste que celui de l'année précédente. La veille au soir, les enfants mirent leurs petites chaussures sous la cheminée. Mille précautions furent prises pour les placer au bon endroit; il y avait eu même des contestations et des disputes entre eux à ce sujet. Le cadet n'avait pas craint de troubler l'ordre et de changer la topographie des souliers. La soeur aînée, qui s'en aperçut en faisant une ronde à la dérobée, fit un tintamarre qui nécessita l'intervention du papa et de la maman.