9.—LE REMÈDE EST DUR, MAIS IL EST BON!...
Quelques jours après avoir terminé sa station, un missionnaire reçut la visite d'un capitaine, homme d'esprit, droit et honnête, qui entama la conversation sur les grandes vérités chrétiennes exposées dans les réunions précédentes. «J'ai bien la foi, dit cet officier; qui ne l'a pas? Il n'y a qu'un ignorant ou qu'un homme perverti qui soit de force à ne pas croire à l'éternité, à ne pas croire en Jésus-Christ et à nier la majesté de l'Église. Dieu merci! je n'en suis pas là. Cependant, j'ai dans l'esprit je ne sais quoi de vague, d'indéfini qui m'empêche d'aller jusqu'à la pratique.»
Le bon missionnaire sourit, et, lui tendant la main: «Mon capitaine, lui dit-il, bien des gens sont travaillés de cette maladie. Voulez-vous en guérir?—Eh! sans doute, répondit l'officier? Quel livre faut-il lire?—Aucun.—Et comment, alors, m'instruirai-je?—Rien n'est plus simple. Seulement, je crains bien que vous ne repoussiez le remède. Il est infaillible cependant.—Dites toujours. Peut-être ne me fera-t-il pas si peur.—Eh bien! mettez-vous à genoux et sans hésiter, priez de tout votre coeur. Moi je vais me mettre à prier avec vous, et puis... je vous confesserai.—Me confesser! répliqua vivement l'officier tout surpris; mais c'est là précisément ce qui me paraît inadmissible.» Et il lança cinq ou six phrases contre la confession. Le Père écouta tranquillement, puis lui dit: «Vous voyez bien que vous avez peur, j'en étais sûr. Je vous aurais cru plus brave.—Mais je le suis.—Prouvez-le-moi donc, ici à genoux.»
En disant cela, il s'agenouilla le premier.... Après un peu d'hésitation, le capitaine en fit autant. Le missionnaire récita à haute voix et du fond du coeur: Notre Père, Je vous salue, Marie, et Je crois en Dieu; puis un acte de contrition. «Confessez-vous, mon fils, ajouta-t-il avec douceur et autorité. Dieu veut votre âme. Je vous pardonnerai tout en son nom.» Le capitaine tout ému ne répondit rien. Le prêtre se leva; l'officier resta à genoux. Dieu soit béni! dit le missionnaire. Et il s'assit près du militaire, l'encourageant si bien que son pauvre coeur fermé s'ouvrit à la grâce de Dieu et que, quelques minutes après, l'absolution sacramentelle avait rendu à sa belle âme sa pureté première.
L'officier resta longtemps à genoux... il pleurait. Quand il se releva, il se jeta dans les bras du Père. «Oh! quel remède! s'écria-t-il. Qu'il est dur, mais qu'il est bon! Comme je vois clair à présent! je n'ai plus de doutes; je crois tout; je suis le plus heureux homme du monde!»