—Mon fils, le prêtre ne maudit jamais, il ne sait que bénir. Je vous bénis et je vous pardonne!
Mme X*** était là. À ces dernières paroles, son coeur s'émut, ses larmes coulèrent, et, pour éviter d'augmenter par son émotion l'émotion du malade, elle quitta l'appartement avec discrétion et prudence.
Alors, son époux tournant vers le prêtre un regard où se peignaient tour à tour et la reconnaissance et l'admiration:
—Merci, monsieur, merci! Je mourrai maintenant moins malheureux, puisque j'ai obtenu un pardon que je n'osais même pas implorer.
—Ne parlons plus de moi, répondit le ministre du ciel; mon pardon n'est rien, mon ami, ou bien peu de chose; je vous en apporte un autre, autrement précieux, autrement désirable, celui de Dieu lui-même. C'est lui qu'il faut aimer, lui qu'il faut bénir. Voyez! jusque dans ses châtiments il se montre bon père; c'est lui qui a fait naître en vous mon souvenir, lui encore qui me conduit ici pour consoler votre souffrance. Que vos larmes montent jusqu'à lui, voici l'heure de la réconciliation!
Et le prêtre s'approcha bien près du lit du mourant.
Dieu seul entendit les aveux du coupable et les paroles consolatrices du prêtre. Ce que nous savons, nous, c'est que les aveux de l'un furent souvent interrompus pas des sanglots, et que les paroles de l'autre furent accompagnées de douces larmes. Et quand ce secret entretien fut achevé, le vieillard s'inclina plus près encore du pénitent et déposa sur son front pâle le baiser de la paix.
Le lendemain, le vieux prêtre revint auprès de son cher malade, portant dans ses mains le gage du salut, le sceau de la réconciliation. Le moribond, avec la piété d'un chrétien, la foi vive d'un fidèle, s'unit intimement au Seigneur, et, quelques heures après, il expira dans les sentiments d'une espérance, d'une confiance illimitées, car il allait vers Dieu, accompagné par Dieu même!
(D'après Jules Ducot.)