À l'un de ces moments heureux, mais rares, où une amélioration sensible s'était produite dans l'état de X***, il fit venir sa femme auprès de lui, et après quelque temps d'un secret entretien, celle-ci le quitta le front presque joyeux, comme si elle eût puisé dans cet entretien même une double espérance. Elle s'empressa donc de donner des ordres, qu'elle recommanda d'exécuter sans aucun retard.

Un moment après, le vénérable curé que nos lecteurs connaissent déjà, se rendait aux instances de Mme X*** et franchissait de nouveau, sans hésitation, le seuil d'une demeure où il avait reçu naguère un si cruel outrage.

Ô religion sainte, voilà tes oeuvres! Ce saint vieillard a tout oublié, tout pardonné, et il vient consoler et bénir, il vient ouvrir le ciel à celui qui avait failli l'assassiner.

Ce fut Mme X*** qui introduisit le pasteur auprès du moribond.

À l'aspect de ces cheveux blancs, de ce front tout empreint d'une majesté simple et imposante, sous l'influence de ce regard toujours grave, toujours calme, toujours bienveillant, mille souvenirs surgirent spontanément dans l'âme de X***, et, soulevant la tête avec effort, il voulut s'incliner devant le noble vieillard.

—Est-ce bien vous, monsieur, dit-il d'une voix faible, est-ce bien vous qui daignez venir jusqu'à moi?

—Oui, c'est moi, dit le prêtre avec bonté.

—Je ne l'espérais pas, monsieur. Pouvais-je l'espérer après l'outrage dont je me suis rendu coupable envers vous?

Puis, après un moment de silence:

—Ah! monsieur l'abbé, dites-le-moi, venez-vous ici pour me pardonner ou pour me maudire?