Le coffret, lui aussi, était à sa place; je le reconnus, je reconnus la clef. J'ouvris, poussé comme par une force surnaturelle. Quelle ne fut pas mon émotion, en trouvant dans le coffret des livres dont ma mère se servait et où elle m'avait fait lire souvent de si belles prières! Ils étaient là, à peine détériorés par le temps et l'humidité, le Formulaire de prières, l'Ange conducteur, l'Imitation de Jésus-Christ...
Ma présence dans l'église et dans le banc de ma famille eût fait sensation en d'autres circonstances. Grâce à la foule et à ces funérailles extraordinaires, elle passa inaperçue. Je pus, non pas prier,—je ne savais plus le faire,—mais rêver et réfléchir comme si j'avais été seul. Ayant ouvert l'Imitation pour me donner une contenance, j'y trouvai une feuille de papier détachée, jaunie par le temps et le contact des doigts. Elle contenait une prière écrite de la main de ma mère. La voici:
«Oh! mon Dieu! ne me punissez pas de ce que je n'ai pas assez de foi pour souhaiter, comme la mère de saint Louis, de voir mon fils mort plutôt que souillé d'un seul péché mortel! Pardonnez à ma faiblesse. Conservez la vie et la santé de mon enfant. Gardez-le du malheur de vous offenser. Mais si jamais il s'égarait du chemin de la foi et de la vertu, ramenez-l'y doucement et miséricordieusement comme vous ramenâtes l'enfant prodigue a son père!»
Vous devinez mon émotion. Des larmes, que mon orgueil s'efforçait de retenir, coulèrent abondamment. Dire que je fus converti ce jour-la, serait trop dire. On ne brise pas aussi promptement avec dix-huit ans d'impiété. Mais si je ne fus pas converti, je fus touché et ébranlé. Dès le jour même, j'allai remercier le vénérable curé de Saint-Maurice de m'avoir conservé mon banc de famille. Il me fallut insister pour rembourser à l'excellent homme les dix-huit annuités qu'il avait avancées pour moi au trésorier de la fabrique.
«Voyez-vous? me dit-il, bon sang ne peut pas toujours mentir. On n'est pas impunément le rejeton d'une famille de saints. Je le savais, moi, qu'un jour ou l'autre vous viendriez occuper le vieux banc des Chauvigny.
Il ajouta, en me prenant les deux mains et en me les pressant:
—Je vous en prie, mon cher enfant, puisque vous êtes allé à l'église, retournez-y. Vous consolerez les dernières années d'un vieux prêtre qui honorait et aimait vos parents, et qui en fut estimé et aimé.»
Que vous dirai-je de plus? J'allai à la messe le dimanche suivant. La grâce de Dieu fit le reste.