11.—LA LETTRE D'UNE MÈRE.
Un des premiers malades que je visitai à mes débuts, disait un médecin chrétien, ce fut un jeune homme d'environ trente-cinq ans, que le désordre avait prématurément conduit aux portes de la mort. Je m'attachai à ce malheureux, et, ne pouvant le sauver, j'essayai d'adoucir ses souffrances. Froid, silencieux, strictement poli, mon malade acceptait mes remèdes et mes soins sans croire beaucoup a leur efficacité. Il aurait voulu dormir toujours et ne cessait de me demander de l'opium.
Je rencontrai dans l'escalier de la maison un vieux prêtre qui me dit:
—Monsieur, j'ai entendu dire que vous étiez chrétien; rendez donc à ce malheureux jeune homme un service: dites-lui quelques mots de Dieu. Je lui ai fait, sans résultat, plusieurs visites. Il m'accueille poliment, mais c'est tout. Je suis sûr qu'une parole de vous ferait plus d'effet que toutes mes exhortations.
Je promis d'essayer.
Le lendemain, je m'efforçai de faire causer mon malade et, comme il s'y prêtait d'assez bonne grâce, j'amenai la conversation sur le terrain religieux; le jeune homme s'en aperçut et me dit d'un ton ferme:
—Je vous en prie, monsieur, ne me parlez pas de religion; je n'y crois pas.
—Vous croyez au moins a l'existence de l'âme?
—Je crois à l'opium, dit-il en souriant, et au sommeil.