Je regardai le malade: il pleurait silencieusement; mes larmes se mêlèrent aux siennes.
Tout à coup je me levai et m'écriai: «Malheureux! pouvez-vous croire que celle qui a écrit une semblable lettre n'avait pas une âme?»
Il garda le silence et ses larmes coulèrent plus abondamment. Le lendemain, il fit appeler le vieux prêtre et eut avec lui un long entretien. Le surlendemain, j'appris qu'il avait reçu les sacrements.
Il vécut encore une semaine. Sa froideur polie n'était qu'un masque cachant un coeur égaré sans doute, mais bon et généreux. Il mourut entre les bras du vieux prêtre et les miens, couvrant de baisers les pieds du crucifix et la lettre de sa mère.
12.—UNE PREMIÈRE COMMUNION À QUATRE-VINGTS ANS
C'était en juillet 1875. Dans un petit village du canton de Castillon, diocèse de Bordeaux, vivait un pauvre vieux ménage octogénaire. Le mari était un impie, connu pour tel dans le pays; il n'allait pas même à la messe le dimanche. Hélas! il n'avait pas fait sa première communion. La bonne femme, au contraire, avait toujours été chrétienne, et, avec l'âge, elle était devenue très pieuse.
Bien des fois elle avait essayé de faire entendre raison à son mari, qui l'aimait beaucoup; mais dès qu'elle abordait le chapitre de la confession et de la communion, elle était invariablement repoussée.