Un jour elle tomba malade. Le médecin constata bientôt la gravité du mal, et engagea la bonne vieille à mettre ordre à ses affaires. Elle n'eut pas de peine à se résigner, mais son pauvre mari était comme atterré par la perspective de la séparation. Il était à moitié paralysé et cloué, à l'autre bout de la chambre, dans un grand fauteuil, regrettant tout haut de ne pouvoir donner à la chère malade les soins que réclamait son état.

La bonne femme était, elle aussi, très désolée, mais pour un motif tout autre: elle pleurait et priait, profondément attristée de laisser derrière elle, non converti et dans un aussi pitoyable état de conscience, celui qui avait été le compagnon de fa vie pendant de si longues années. Au moment de recevoir les sacrements, elle tenta une dernière fois, mais en vain, de ramener son mari au bon Dieu.

Cependant celui-ci suivait avec angoisse les progrès du mal Quand il crut que les derniers moments approchaient, il appela deux voisins et leur dit en sanglotant: «Mes amis, portez-moi auprès de ma pauvre femme pour que je l'embrasse avant sa mort et pour que je lui dise adieu.» Le lit où gisait la moribonde était un de ces grands lits d'autrefois, qui avancent dans la chambre et que l'on peut aborder des deux côtés. En voyant approcher son mari, la femme réunit ses forces et se tourne de l'autre côté. On porte le vieil infirme de ce côté-là; au grand étonnement de tous, la femme se retourne, en disant: «À quoi bon nous embrasser et nous dire adieu, si nous devons ne pas nous revoir dans l'éternité?»

Le vieil incrédule n'y tient plus. Il fond en larmes. «Si! si! ma chère femme, s'écrie-t-il, nous nous reverrons, je te le promets! Je vais appeler M. le curé tout de suite, et je me confesserai. N'aie pas peur; je ne veux pas être séparé de toi pour toujours. Moi aussi, je vais servir le bon Dieu. Prie-le qu'il me pardonne.»

On était en pleine nuit, et il était trop tard pour faire venir immédiatement le prêtre. Mais, dès le matin, on courut au presbytère. «Venez, vite, monsieur le Curé!—Comment! répond celui-ci, elle n'est pas morte?—Ce n'est pas pour elle, mais pour son mari, qui vous réclame pour se confesser tout de suite.»

Le curé accourt. Déjà froide et sans mouvement, la bonne femme vivait encore et avait sa pleine connaissance. Elle regardait fixement son mari, à l'autre bout de la chambre. En voyant entrer le curé, un éclair de joie brilla dans ses yeux éteints, et, d'une voix mourante, elle murmura: «Je ne voudrais pas m'en aller avant de le voir converti.»

Le curé s'assied auprès du vieux mari; la confession commence; et, au premier signe de croix, l'heureuse femme rend le dernier soupir...

Huit jours après, à la messe du second service funèbre célébré pour sa femme, le pauvre vieillard converti faisait sa première communion, à la grande édification de toute la paroisse.