«Et la religion qui opère un tel prodige serait-elle donc un jeu d'enfant?... Non, me disais-je, elle est réellement divine... Il pressentait ce qui se passait au dedans de moi, et il m'interrogea d'un regard; je lui avouai tout en fondant en larmes. «Mon Dieu, s'écria-t-il, je vous bénis! C'est maintenant que je puis le dire en toute vérité et dans l'effusion de mon coeur: Je suis heureux!»

«Pendant la première période de sa maladie, la douleur arrachait à Alexis d'assez fréquentes marques d'impatience; maintenant, pas un murmure, pas une seule plainte. Il semblait que le Dieu qui venait de descendre dans son sein y eût déposé un trésor de douceur, de résignation et de paix. Ainsi se passèrent ses derniers jours. Vous n'exigerez pas, monsieur, que je m'étende davantage sur cette douloureuse catastrophe. Hélas! quand je m'y porte par la pensée, les paroles me manquent pour rendre ce que je sens; je ne sais plus m'exprimer que par mes larmes.»

L'officier s'était tu, sa tête s'était inclinée sur sa poitrine. Je respectai son silence. Il reprit la parole et continua:

«Après que nous lui eûmes rendu les derniers devoirs, au retour de la cérémonie funèbre je m'enfermai dans ma chambre et j'y restai jusqu'au soir. À l'entrée de la nuit j'allai chez le curé. «Monsieur, lui dis-je en entrant, je viens vous remercier...—Et de quoi donc? interrompit-il avec un accent gracieux; je n'ai fait que mon devoir; c'est là une des fonctions les plus essentielles de notre ministère, et une des plus douces aussi quand nous trouvons des âmes disposées à l'accueillir comme l'était votre ami. Oui, j'en ai la ferme conviction, nous pouvons compter en lui un protecteur dans le ciel——Monsieur, c'est à moi plutôt à vous remercier... Je vois que vous ne soupçonnez pas le véritable motif qui m'amène ici... Pendant que vous administriez les derniers sacrements à mon ami, j'étais là (vous vous le rappelez peut-être) à genoux au pied de son lit. J'étais tombé à terre incrédule; je l'ai vu communier et je me suis relevé chrétien. Chrétien! qu'ai-je dit? Ah! je ne le sens que trop, je suis indigne de porter un si beau nom.—Je puis dès ce moment vous le donner, ce nom,» dit le prêtre; et me serrant tendrement entre ses bras: «Oui, mon frère! mon cher frère! quiconque veut sincèrement revenir à Dieu, celui-là est réellement et dans toute la force du terme un chrétien.—Maintenant, mon Père, j'avais un second but en venant vous voir. J'ai préparé ma confession tout à l'heure, et je vous prie de m'écouter—Et, sans attendre de réponse, j'étais tombé à ses pieds. Que vous dirai-je de plus, monsieur! De ce jour date ma conversion...»

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17.—TEL EST PRIS QUI CROYAIT PRENDRE.

Ô Jésus! on me demande de parler, de dire comment je suis redevenu chrétien. On m'affirme que c'est pour la gloire de votre Sacré Coeur... Dès lors, comment résister?... Je parlerai donc; et puissent beaucoup de pécheurs que je connais, qui sont mes amis, dont l'âme m'est infiniment chère, se convertir comme moi!

De ma première enfance il ne me reste que des souvenirs très vagues; cependant je vois toujours une grande image qui surmontait la statue de la Vierge, et devant laquelle ma mère me faisait prier: c'était Jésus montrant son Coeur. Cette image me fascinait en quelque sorte, parce que ma mère me disait: «Jésus te voit, et si tu n'es pas sage, il te chassera de son Coeur.» Le soir de ma première communion, quand, selon la coutume, nous nous agenouillâmes pour la prière en famille, je promis bien à Jésus de l'aimer toujours: en retour, je lui demandai de me garder dans son Coeur... Mais, hélas! les passions l'emportèrent bientôt, je le dis pour l'instruction des jeunes gens; je fus victime de ces deux fléaux terribles qui, de nos jours, les font mourir presque tous à la vertu et à l'honneur: les mauvaises compagnies et les lectures dangereuses. À vingt ans, j'étais le premier débauché de ma ville natale.