Elle m'introduit dans une petite chambre dont les murs, blanchis à la chaux, portaient des inscriptions noires; je n'y fais pas attention. J'avais ma fameuse phrase comme une arme invincible contre tous les pèlerins du monde! et je répétais en riant: Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les coeurs les plus endurcis. Que va-t-il me dire?
Bientôt, un prêtre entre. Nous sommes en face l'un de l'autre. Quelques secondes s'écoulent... Il me regarde, attendant que je lui parle. Moi, je n'avais dans tout mon être que l'impiété et l'ironie; et pourtant un tremblement passager me saisit. Le prêtre s'en aperçoit:
—Eh bien! mon ami, me dit-il.
Ce seul mot me rend tout mon aplomb et toute mon arrogance.
—Votre ami!... Ah! vous ne me connaissez guère. Je n'ai pas la foi, moi! Je ne crois pas un mot de tout ce que vous me dites, et de tout ce que vous écrivez. Appelez-moi excommunié, mécréant, païen, tout ce que vous voudrez; mais votre ami! à d'autres...
Longtemps je lui parle sur ce ton. La phrase lue sur le tableau blanc retentissait à mes oreilles avec l'ironique question: «Que va-t-il me dire?» Le prêtre était devenu pâle; mais pas un geste d'indignation ne s'était manifesté en lui. Sans répondre à mes propos impies, il me fait de nombreuses questions. Je riais... il le voyait bien; mais il ne comprenait pas le signe de tête qui accueillait toutes ses demandes, et qui voulait dire: «Ce n'est pas cela!» J'étais vainqueur... je triomphais. J'allais éclater de rire et lui avouer tout... quand, soudain... ah! j'en frémis encore:
—Mon ami, avez-vous toujours votre mère?
Dieu! quelle réaction se produit en moi! Coeur de Jésus, vous m'attendiez là! Mon coeur se fond: les larmes jaillissent; mon corps tremble.
—Ma mère! vous me parlez de ma mère! Mais c'est vrai!... le Sacré Coeur de Jésus!... Oh! je vois l'image devant laquelle je m'agenouillais petit enfant, à côté de ma mère! ... Je relis ces lignes que sa main mourante m'a écrites, malheureux! auxquelles je ne fis presque pas attention: «Mon enfant, je t'écris de mon lit d'agonie; je meurs du chagrin que tu m'as causé; mais je ne te maudis pas, parce que j'ai toujours espéré que le Sacré Coeur de Jésus te convertirait.» Oh! ma mère!... Tenez, Monsieur, j'avais lu à l'entrée de la chapelle que le Coeur de Jésus donnait aux prêtres le talent de toucher les coeurs endurcis. J'étais venu pour savoir ce que vous me diriez, pour me moquer de vous. Je le sens; vous m'avez converti.
Le prêtre était tombé à genoux. Il priait et il pleurait.