Je me sacrifiai à propos, sans hésitation, mais non pas sans dignité.
Cela le surprit. Il se retourna et me suivit des yeux, jouissant de mes difficultés avec un air de bravade.
J'avais aussi tourné la tête; son orgueil imbécile se brisa contre un regard fixe et froid que je maintins sur lui pendant quelques secondes. Je sentis qu'il m'en garderait rancune.
En effet, le lendemain, le surlendemain encore, il me parut courroucé. Une résistance de ma part lui eût été bien agréable! Il l'attendit en vain.
Un des jours suivants, la pluie se mit à tomber tout à coup. La rue du Four ressemblait à un de ces chemins vicinaux de la Brie pouilleuse, où le paysan monté sur son âne ne se hasarderait pas l'hiver, par crainte d'y perdre sa monture.
Les piétons, bien ou mal vêtus, les marchandes de noix ou de maquereaux se remisaient sous les grandes portes. Quoique muni d'un parapluie, je fis de même, et je me mêlai à un groupe de pauvres gens qui attendaient la fin de la giboulée en geignant.
Mon homme était là! Nous nous regardâmes du coin de l'oeil. Il paraissait de méchante humeur, et la pluie le contrariait évidemment plus qu'aucun de ses voisins.
Je prononçai à son intention quelque phrase banale sur le temps.
Il répondit, comme se parlant à soi-même:
—Oui, un joli temps, quand on est pressé! Je suis attendu dans une maison, à cent pas d'ici, chez des bourgeois. Je voudrais y arriver propre, et il faut que je reste là. Je vais peut-être manquer une bonne affaire.