—Eh bien, votre orgueil a fait place à l'esprit de douceur; vous vous êtes amélioré; vous êtes entré dans la bonne voie; peut-être irez-vous loin dans cette voie où l'on ne recueille que des plaisirs, tout en épurant et en grandissant son caractère. Mon but est atteint.

—Mais qu'est-ce que vous y gagnez? Qu'est-ce que cela vous fait?

Je lui montrai l'église. Il me répondit par une grimace. Un banc était là. J'allai m'y asseoir. Sur un imperceptible signe amical, le brave Jean vint prendre place près de moi, non sans rire sous cape, convaincu qu'il était que j'allais le prêcher.

Le prêcher! je n'aurais eu garde. Il y a temps pour tout. À chacun sa fonction, d'ailleurs. Mon néophyte était un homme de quarante ans, un brave ouvrier; son instinct le portait au bien assez directement; avec lui il suffisait d'agir très simplement.

—Monsieur Jean, je vous montrais du doigt l'église, où je vais aller entendre la messe tout à l'heure. Vous, vous n'allez pas à la messe, je le sais. Je l'ai compris à votre grimace. Mais vous irez un jour comme moi.

—Cela ne m'étonnerait pas trop. Vous avez déjà fait un miracle à mon profit.

—Je n'ai pas toujours été pieux; je le suis devenu à l'aide de la réflexion. Il plut à Dieu de décider mon retour par ce chemin. Mon seul mérite est d'avoir obéi à son impulsion: nous ne saurions jamais, en face de lui, prétendre à un autre mérite que celui de l'obéissance.

—Mais pour obéir ainsi, il faut croire en Dieu; et il ne dépend pas de nous de croire!

—Mon cher Jean, vous vous trompez. Sans vous rien dire de la grâce, ce qui ressemblerait à une prédication, je vous affirme qu'il dépend de nous de croire.

—-Alors je n'y comprends plus rien.